LAUZA THÉRIAULT : 108 ANS DE SAGESSE

Lauza (Marie Rose) Thériault, la doyenne de notre association de
famille, coule doucement ses 108 ans dans sa coquette maison au cœur
du village de Cap St-Ignace. Sa
petite-fille, Yvette Ouellet, partage avec « mémère Lauza » la sereine
vieillesse de cette étonnante acadienne née à Paquetville, le 8
septembre 1889.
Dès la première accolade, Lauza établit avec sa visite, le climat
d'humour qui la caractérise: « Oui, c'est bien moi, Lauza Thériault,
connue comme Barabbas dans la passion ». Centenaire et un peu plus.
Merci au ciel de m'avoir laissé tout mon génie à cet âge là. Pas de
quoi se vanter, la vie, surtout le grand âge, c'est pas nous autres
qui « run ça ».
La doyenne des Thériault bénéficie encore de tous ses sens, surtout
de son bon sens à 108 ans. Elle entend parfaitement, participe à la
conversation avec vivacité. Ses yeux pétillent de malice quand elle
se prépare à en «sortir une parmi son trésor de sagesse ». Jusqu'à
ces dernières années, elle prenait plaisir à fendre du bois pour se
chauffer, une habitude qui remontait à son enfance au Nouveau-Brunswick.
Fille de Ferdinand Thériault et de Rose Dugas, elle est née à
Paquetville, au Nouveau-Brunswick en 1889. A onze ans, elle travaille
déjà chez ses tantes et dans un magasin de Moncton, avant de partir
pour les Etats-Unis au début du siècle. Ouvrière dans une fabrique de
sacs d'épicerie, à Rumford (Maine), elle épouse un jeune employé de
l'usine, Léandruse (Tom) Ouellet. Le travail était dur, car les
hommes faisaient des quarts de 16 heures et les femmes huit heures.
Les gages étaient bons pour l'époque, ce qui nous a permis d'économiser
de l'argent pour nos projets d'avenir, raconte-t-elle.
L'avenir ? son fils Louis, une ferme à construire à Cap St-Ignace,
près de sa sœur Basilisse (Mme Napoléon Ouellet, 1917). L'installation
à Cap St-Ignace aura lieu en 1925, le fils unique Louis se mariera
en 1930 et fondera une famille de sept enfants. avant de décéder
en 1977.
Veuve depuis 1963, Lauza se retire au village dans sa petite maison
de la rue des Peupliers. Celle qu'on taquine encore comme
« l'américaine» poursuit une existence tranquille parmi ses bouleaux
et ses tailles de lilas, toujours émerveillée de voir les oiseaux
voleter d'une mangeoire à l'autre devant sa fenêtre. Grand-maman
Lauza prend plaisir à « défricher» la parenté de ses visiteurs.
C'est bon pour la mémoire de notre histoire de famille, lance-t-elle
en riant.
« Pas de secret, dira-t-elle sauf peut-être s'efforcer de toujours
avoir de l'allure et de penser droit comme son cœur le suggère».
Quelques perles de notre bonne aïeule:
" Merci la vie d'avoir permis de conserver mon génie durant tant
d'années. Je vis une belle vieillesse comme on peut en souhaiter aux
autres. Les journées passent vite à tricoter, à lire mes prières avec
ma petite-fille, à cajoler mon gros chat Pussy, à regarder les
oiseaux et les nuages - Aussi longtemps que j'ai pu, il m'a fait
plaisir de servir à dîner aux enfants d'école. J'ai toujours pensé
que s'occuper des autres donnait du sens à sa propre vie. Les bébés
que j'ai bercés autrefois sont devenus mes compagnons du dimanche,
de beaux grands gars forts comme leur grand-père. On s'échange des
services d'un bout de la vie à l'autre. Je leur suis reconnaissante
de leurs bonnes attentions.
Aujourd'hui, je vis parmi cinq générations de ma famille ici et au
Nouveau-Brunswick. On peut se parler entre nous de la vie d'autrefois,
des deux grandes guerres, de la crise économique, des temps modernes.
Ca manque pas de jasette quand on se rencontre. La mort, bien sur j'y
pense chaque jour. Je prie avec mon monde: mes défunts qui reposent à
deux pas d'ici après avoir trimé dur toute leur vie.
Un jour, ce sera mon tour de les rejoindre dans la paix et le repos
d'éternité. On continuera à se parler, sans faire de bruit. C'est une
autre vie qui prendra forme pour toujours."
Texte d'Yvon Thériault extrait du journal "Le Terriot" avril 1998.
Photo: Yvon Thériault
Note: Madame Lauza Thériault est décédée le 29 février 2000 à 110 ans et
cinq mois à l'Hotel-Dieu de Montmagny.