Gérard Thériault (1939-2001)


Gérard Thériault, sculpteur de Baie St-Paul a réalisé un buste à la mémoire du célèbre peintre Cornélius Krieghoff. Le monument, érigé sur la Grande-Allée, à Québec, près de la maison du peintre, a été dévoilé le 12 septembre 2001 en présence de la propriétaire de cette maison historique, Mme Esther Greaves.

Sa lignée : Jehan – Claude – Germain – Claude – Paul – Jacques – Jean-Baptiste – Anselme - David - Adhémar - Gabriel.


À la mémoire d’un petit géant.
Par Claude Frappier


Gérard Thériault est né à Cap-Chat en Gaspésie le 22 janvier 1939. Il n’a que quatre ans quand il déménage avec sa famille sur une terre de colonisation dans l’arrière-pays gaspésien.
À 14 ans, à l’instigation d’une tante qui a remarqué son talent, il quitte la terre familiale pour aller étudier à Montréal. D’abord à l’école du Meuble, où il apprend l’ébénisterie, puis aux Beaux-Arts, où il affine sa technique artistique.
En 1959, il a 20 ans quand il part pour Sept-Îles, ville de la côte Nord qui connaît un véritable boom économique. C’est là qu’il commence à gagner sa vie comme lettreur et peintre d’enseignes, un métier où il excelle et qu’il exercera pendant plus de 30 ans.
Son goût de l’aventure le conduit ensuite aux Bahamas, puis à Québec. En 1964 il s’établit pour de bon à Baie-Saint-Paul, comme plusieurs membres de sa famille.
Jusque dans les années 90, il y exerce son métier, dans le vaste atelier qu’il s’est construit près de son étonnante maison en forme de pyramide, elle aussi l’œuvre de ses mains habiles, où il vit avec Claire, sa femme, qui enseigne à la polyvalente de l’endroit.
Les cours d’art qu’il suit à Baie-Saint-Paul en 1989 et 1990 lui donnent le goût de se jeter à corps perdu dans l’aventure de la création. Ce qu’il fait graduellement au point de se consacrer exclusivement à son art vers le milieu des années 90.
Sa mort survenue jeudi de la semaine dernière a mis un terme à sa belle aventure, mais il laisse derrière lui le souvenir d’un homme attachant et une œuvre qu’on n’a pas fini de découvrir.

Parcours de l’artiste

Quand il décide de se consacrer exclusivement à son art, Gérard Thériault est déjà un sculpteur sur bois accompli. C’est un art qu’il pratique depuis l’enfance : les visages, les corps n’ont plus de secrets pour lui. Mais il lui faut trouver sa voie, sa manière propre en quelque sorte. Comme c’est un habile artisan, doublé d’un inventeur à l’occasion, il ne craint pas d’explorer divers matériaux et surtout de les amalgamer entre eux. En naissent alors des œuvres surprenantes, insolites même, où les divers éléments s’entrechoquent et s’interpénètrent. Même la peinture est mise à contribution parfois.
Rapidement, Gérard Thériault se fait connaître en participant à des expositions de groupe, à Baie-Saint-Paul, à Pointe-au-Pic et à Québec où ses affinités avec le monde amérindien sont remarquées. En 1992, certaines de ses sculptures sont exposées en France, dans le cadre d’une exposition qui réunit trois artistes de Charlevoix en Charente-Maritime.
À l’été 1992, il tient une importante exposition solo à la polyvalente Saint-Aubin de Baie-Saint-Paul. Intitulée " Mémoire de géants ", elle comprend des œuvres où s’affirme sa tendance à réunir des matériaux hybrides qui heurtent les idées recues et surprennent. La plus grande douleur y côtoie la plus grande sérénité.
C’est à cette occasion qu’on découvre également le goût de l’artiste pour des œuvres monumentales. Au fil des ans, ses œuvres sont achetées par des collectionneurs d’un peu partout au Québec, au Canada, aux Etats-Unis et en Europe. Au lieu de s’évertuer à faire carrière dans les galeries et les musées, l’artiste ouvre son atelier aux visiteurs, il participe à divers événements et place ses œuvres monumentales en toutes sortes d’endroits, dans Charlevoix et ailleurs.
Son intérêt pour la figure humaine ne se dément jamais. On lui doit encore en 2001 les bustes en bronze des peintres Clarence Gagnon et Cornelius Krieghoff. Celui de René Richard (en bois) devrait bientôt trouver sa place à la bibliothèque de Baie-Saint-Paul.
L’analyse de son œuvre reste à faire, mais d’ores et déjà tous reconnaissent que Gérard Thériault a été un artiste original, authentique et profondément humain.