

GEORGE RODRIGUE est devenu, pour plusieurs, une légende vivante. Né en 1944 à New Iberia, Louisiane, Rodrigue a grandi comme un authentique Cajun, enraciné dans un univers familial typique et coloré. C'est après avoir quitté New Iberia en 1964, pour poursuivre des études en art au Art Center College of Design à Los Angeles, que Rodrigue a d'abord remarqué les différences spectaculaires entre sa région natale et le reste du pays. Fasciné par ces sutpéfiantes dissemblances, il commença, à la fin des années 1960, à peindre des séries de paysages, de portraits et d'illustrations culturelles cajuns, qui définirent la spécificité de sa production artistique. L'artiste écrit:
En peignant ses origines, Rodrigue a trouvé sa voie: peindre les purs Cajuns - les mêmes qui sont venus du Canada dans les années 1700 - simplement en visitant Tee Coon sur la jetée, ou en écoutant les histoires colorées racontées par ses tantes et ses oncles. C'est à partir de sa génération que la collectivité cajun commença vraiment à voyager, et que des influences plus étrangères affectèrent leur vie quotidienne. Les tableaux qui en découlent sont symboliques, alors que des personnages fantomatiques, vêtus de blanc, avec peu ou pas d'ombre, demeurent suspendus dans un paysage qui ne les laissera pas bouger. Le paysage émet une puissance, venant de grands et forts chênes noirs, avec la tourbe qui leur prête un caractère, et renforcé par la présence du bayou épais de boue, de moustiques, d'humidité, de chaleur et de vie.
Les peintures furent et demeurent envoûtantes, et c'est en peignant la culture de sa Louisiane que George Rodrigue fit son apprentissage et révéla la maîtrise de son savoir-faire pictural doté d'une grande originalité.
Après sa mort, il continua à peindre ce thème, profitant de sa renommée croissante, et acceptant un certain nombre de projets ocaux et nationaux commandités. Un de ces projets consistait en 40 peintures pour un livre sur les histoires de fantômes cajuns (BAYOU, éd. 1984, Inkwell). Ce livre incluait une histoire qui parlait du loup-garou, un loup-garou cajun ou un chien-fantôme qui semblait bleu sous la lumière de la lune. Rodrigue utilisa une photographie de sa chienne, Tiffany, comme inspiration pour ses peintures. Il lui donna une couleur bleu pâle, et des yeux rouges. Pendant les cinq années suivantes, Rodrigue fut occupé notamment à peindre des portraits des présidents Ronald Reagan et George Bush, commandités par le Comité National Républicain, et aussi par la préparation de nombreuses expositions dans des galeries et dans des musées. Pourtant, il était encore hanté par le Chien Bleu qu'il avait créé en 1984. Toutefois, Rodrigue n'avait peint que quelques "Chien Bleu" avant 1989, et la plupart tenaient de la nature obsédante du loup-garou. En 1989, un des "Chien Bleu" parvint à la vitrine de la New Orleans French Quarter Gallery, nouvellement ouverte par Rodrigue. L'artiste regardait les gens s'arrêter et admirer son oeuvre. Cet animal avait eu un effet profond sur lui dès le début, et cela le fascinait de voir des étrangers étaient séduits par ce Chien Bleu. Il en vint à pressentir que, comme les Cajuns, Tiffany vivait sur sa toile comme un fantôme ---- captive et, pourtant, cherchant. Par ailleurs, cela reflétait également l'impasse qu'il avait atteinte dans sa propre carrière. Connu maintenant pour son art du portrait et pour peindre la vie populaire cajun, Rodrigue s'était figé dans une pratique qui ne lui permettait plus beaucoup de variété au-delà des peintures qu'il avait créées durant les vingt années précédentes. Il lui apparut donc que sa chienne avait utilisé le loup-garou pour entrer à nouveau dans sa vie. Au lieu de le regarder peindre une scène cajun, elle apparaissait dans une de ces scènes. Comme fantôme, en fait, elle pouvait apparaître en n'importe quel lieu et selon la fantaisie de Rodrigue, cherchant des indices pouvant la mener à son atelier. L'artiste réalisa que la clé se trouvait dans la permanence du sentiment d'emprisonnement qu'il avait créé avec les Cajuns. Utilisant des contours prononcés et un style de plus en plus surréaliste pour peindre Tiffany, Rodrigue créa lentement l'image du Chien Bleu qu'il peint sans relâche. Au fur et à mesure qu'il devint plus conscient des possibilités, Rodrigue explora toute son imagination pour ses mises en situation. La porte de la créativité, qui se refermait sur lui depuis des années, s'était soudainement ouverte plus grande que jamais. En conséquence, Rodrigue s'est créé un autre repère dans le plus grand éventail de l'art pop. Warhol a pris un des symboles les plus reconnaissables (la boîte de soupe Campbell) de la culture populaire, et l'a transformé en art. Rodrigue a créé le symbole lui-même, et l'a incorporé dans la culture populaire en tant qu'art. On pourrait dire que tous les artistes dont se rappelle l'histoire et qui ont influencé les générations suivantes ont eu une idée originale alliée à une maîtrise technique, et ont en retour reflété la pensée progressive de leur temps. Ils ne créent pas nécessairement de l'art qui est jugé beau par tous, cependant ils ont toujours quelque chose à exprimer; leur message reflète l'essentiel de leur époque, il transcende le temps. Pour plusieurs, ceci décrit George Rodrigue.
Bien entendu, les gens sont attirés par l'oeuvre de Rodrigue à cause des émotions qu'elle leur procure. L'image du Chien Bleu, ses divers scénarios, ses titres appropriés, et les histoires qui y sont accolées font souvent rire les gens. Plusieurs des peintures sont très drôles en apparence, mais le dessein est en fait spirituel -- suggérant, par exemple, que la mort n'existe pas, mais que l'amour et les souvenirs perpétuent la vie. Le chien nous regarde et nous pose les mêmes questions que s'est posé le genre humain depuis le début de son existence --- D'où est-ce que je viens? Où vais-je? Quel est mon but? Comment trouver mon maître? Cette spiritualité est percutante, et l'image cesse d'être autant un chien qu'un sujet invraisemblable. La série des "Chien Bleu" de George Rodrigue est un véritable phénomène. On demande souvent à l'artiste pendant combien de temps il va continuer à peindre son chien. Il répond qu'il va continuer à peindre exclusivement ce qui l'intéresse et l'amuse. S'il ne s'amuse pas, il ne pourra pas continuer. Ses admirateurs reconnaîtront ce jour, car il sera passé à sa prochaine production originale, intéressante et AMUSANTE. Traduit de l'anglais par Réal Rodrigue. |
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| Signature | |||
| © Réal Rodrigue & Association des Familles Rodrigue, inc. | |||