Ses signatures

 

 

25 janvier 1727 (Québec), signature à titre de témoin lors de la rédaction du contrat de mariage de Gabriel Chartier et de Marie Jeanne Coutance d'Argencour. Cette signature est la plus ancienne retrouvée jusqu'à maintenant, ce qui nous permet de situer son arrivée en Nouvelle-France au plus tard durant la saison de navigation de 1726. (Référence : Archives nationales du Québec, Fonds Cour supérieure, greffe du notaire Jean Étienne Dubreuil CN301, S87).


 

25 janvier 1727, témoin lors du mariage de Gabriel Chartier et de Marie-Jeanne Coutance d'Argencour (Référence : Archives nationales du Québec, registre de la paroisse Notre-Dame de Québec CE301, S1). Il est à noter que déjà en ce début d'année 1727, notre ancêtre utilise le nom d'Alexandre de K/voach puisque malgré le fait qu'il a signé Le Bihan, le curé a inscrit Alexandre Carunoac dans l'acte.


 

21 mars 1727 (Montréal), signature à titre de parrain de Marie-Louise Élisabeth Duval dit Vinaigre, fille de Claude Duval dit Vinaigre et de Charlotte Hallé. Il s'agit de la seule signature de notre ancêtre trouvée à l'ouest de la ville de Québec. (Référence : Archives nationales du Québec, registre de Montréal CE601, S3).


 

2  janvier 1730, Beaumont, témoin lors de la prise d'un inventaire de choses trouvées chez un nommé Ménart (de son vrai nom Nicolas Gaulet aussi connu sous le pseudonyme de Rousselot). Alexandre de K/voach a contribué à cette arrestation et il y fait référence dans la lettre qu'il envoie au gouverneur de Beauharnois le 30 novembre 1733. (Référence : Archives nationales du Québec, Fonds Conseil souverain TP1, S777, D145).


 

18 février 1730, L'Île Verte, auteur d'un acte de vente sous seing privé d'une terre appartenant au Seigneur de la Rivière Verte près de Rivière-du-Loup, à un dénommé Jacques Gueray  (référence : Archives nationales du Québec, Fonds Cour supérieure,  greffe  du  notaire  Abel Michon  CN302,  S29). Ici notre ancêtre signe du  surnom que lui ont attribué ses contemporains. Ledit surnom de Breton restera d'ailleurs accolé au nom de Kirouac durant plus de deux siècles par la suite et quelquefois même sous la forme de Berton, Borton et même Burton aux États-Unis.


 

22 octobre 1732, Cap St-Ignace, signature laissée lors de son mariage avec Louise Bernier. Durant plus de deux cents ans, cette signature fut considérée comme étant la seule laissée par notre ancêtre. C’est sans doute ce qui explique la confusion à propos de sa véritable identité et les difficultés rencontrées pour localiser son lieu d’origine en Bretagne. (Référence : Archives nationales du Québec, registre paroissial de Cap-Saint-Ignace CE302, S1).


 

12  janvier 1733, Québec, témoin lors du mariage d'Olivier Gueguin et de Marie-Louise Giraud dans la paroisse Notre-Dame. (Référence : Archives nationales du Québec, registre de la paroisse Notre-Dame de Québec CE302, S1).

                

 

 


 

10  février  1733, L'Islet, témoin lors du  mariage de Jean-Baptiste  Duval et de Françoise  Morel de Ladurantaye (Référence : Archives nationales du Québec, registre de la paroisse Notre-Dame-de-Bonsecours de L'Islet CE302, S3).


 

9 mars 1733, Cap-Saint-Ignace (Seigneurie de Vincelotte), signature effectuée lors de la rédaction d'un contrat ayant pour objet la cession des droits successoraux de Louise Bernier en faveur de son beau-père pour un montant de 600 livres, Jacques Rodrigue. (Référence Archives nationales du Québec, Fonds Cour supérieure, greffe du notaire Abel Michon CN302, S29).


 

30 novembre 1733, Cap-Saint-Ignace (Seigneurie de Vincelotte), lettre de notre ancêtre au gouverneur de Beauharnois afin de lui offrir ses services pour rattraper un voleur du nom de Rousselot, de son vrai nom Nicolas Gaulet, à l'arrestation duquel il avait contribué une première fois le 2 janvier 1730. (Référence : Archives nationales du Québec, Fonds Gouverneur, Régime français R1, P40).


 

16 janvier 1734, L'Islet, Seigneurie de Bonsecours témoin lors de la rédaction d'un contrat de vente de terre par Joseph Bernier et Marie Bouchard à Joseph Caron. (Référence : Archives nationales du Québec, greffe du notaire François Rageot de Beaurivage CN301, S237).


 

 

8 février 1734, Cap St-Ignace (Seigneurie de Vincelotte), lettre à un certain M. Boucher, navigateur de la Basse-Ville de Québec, afin que celui-ci le représente à une audience de la Prévôté qu'il a sollicitée pour obtenir le remboursement d'une dette qu'a contracté envers lui un dénommé Martin. (Référence : Archives nationales du Québec Petits Fonds P1000, S3, D240).


 

21 mars 1734, Cap St-Ignace, engagement d'un certain Claude Chamberlant par Alexandre de K/voach pour aller dans les « Pays d'en Bas », c'est-à-dire le bas du fleuve Saint-Laurent. (Référence : Archives nationales du Québec, Fonds Cour supérieure, greffe du notaire François Rageot de Beaurivage CN301, S237).


 

8  juillet  1734, Saint-Roch-des-Aulnaies, achat d'une terre nommée « Les trois ruisseaux » près de Notre-Dame-du-Portage. (Référence : Archives nationales du Québec, Fonds Cour supérieure, greffe du notaire Étienne Janneau CN104, S45).


 

25 mai 1735, Cap-Saint-Ignace, présence au baptême de son troisième fils prénommé Louis, baptisé toutefois sous le prénom d'Alexandre. (Référence : Archives nationales du Québec, registre paroissial de Cap-Saint-Ignace CE302, S1).


 

 

14  juillet 1735, Kamouraska, témoin lors du décès de Joseph Michaud. Le curé inscrit dans l'acte Alexandre Berton, mais celui-ci signe Alexandre de K/voach. Le nom Berton est bien sûr un dérivé de Breton, la nationalité d'origine de notre ancêtre. Ses contemporains utilisaient couramment le nom de sa province d'origine comme surnom lorsqu'il faisait référence à notre ancêtre; c'était d'ailleurs une pratique courante à l'époque. (Référence : Archives nationales du Québec, registre paroissial de Kamouraska CE104, S3).


 

10 février 1736, L'Île Verte, témoin lors de la rédaction du contrat de mariage de Jean-Baptiste Levêque et de Geneviève Côté, fille du Seigneur de l'Île Verte. Trois des fils du seigneur Côté avaient épousé de futures belles-sœurs d'Alexandre de K/voach entre 1720 et 1722. Toutefois, ce dernier connaissait la famille Côté bien avant son mariage avec Louise Bernier en 1732 comme en fait foi la rédaction du contrat de vente du 18 février 1730. Cette amitié entre Alexandre de K/voach et la famille Côté est peut-être d’ailleurs à l’origine de sa rencontre avec celle qui allait devenir son épouse,  Louise Bernier. (Référence : Archives nationales du Québec, Fonds Cour supérieure, greffe du notaire Etienne Janneau CN104, S45).


 

11 février 1736, L'Île Verte, témoin lors de la rédaction du contrat de mariage d'Ange Guion et de Françoise Côté, fille du Seigneur de l'Île Verte (Référence : Archives nationales du Québec, Fonds Cour supérieure, greffe du notaire Etienne Janneau CN104, S45).

 

Différentes remarques à propos des signatures de notre ancêtre


 

Voici l’ensemble des signatures de notre ancêtre, Alexandre de K/voach, retrouvées à ce jour. Elles s’échelonnent de 1727 à 1736. Comme on peut le constater avec les dix-huit signatures ci-dessus, notre ancêtre utilisait des variantes dans son nom lorsqu’il était appelé à signer un document. Ces dix-huit signatures nous permettent néanmoins de constater qu’il avait distinctement choisi d’utiliser la particule de K/voach comme patronyme et qu’il s’identifiait couramment ainsi auprès de ses contemporains.

La particule de K/voach figure en effet quinze fois dans les dix-huit signatures répertoriées. Elle est parfois accolée au patronyme de Le Bihan, parfois à celui de Le Bris, mais dans la majorité des cas, elle est utilisée toute seule. L’utilisation courante que notre ancêtre a faite de cette particule de K/voach comme patronyme a par conséquent servi à remplacer les patronymes de Le Bihan ou Le Bris qu’il n’a respectivement utilisé que trois fois chacun.

Bien que notre ancêtre ait utilisé des variantes dans ses signatures, lorsque l’on s’y attarde un peu, il ne peut y avoir aucun doute qu’il était connu de tous comme étant Alexandre de K/voach dit le Breton. En effet, pour bien saisir le personnage que fut notre ancêtre, il ne faut pas s’arrêter uniquement à l’observation de ces variantes, sans considérer l’usage du temps, car on pourrait alors y prêter une importance exagérée. Il faut aussi tenir compte du contexte dans lequel elles ont été effectuées et prendre en considération ce qui s’était passé avant ou après les évènements. Cela nous permet de noter que bien qu’il ait varié sa façon de signer, notre ancêtre se présentait tout de même à tous sous le nom d’Alexandre de K/voach, ce qui explique pourquoi cette particule est devenue notre nom de famille.

L’acte où figure la signature du 25 janvier 1727 est d’ailleurs fort éloquent à cet effet. Dans cet acte, où notre ancêtre a  signé Le Bihan, on retrouve, inscrit dans le texte, la présence à la cérémonie d’Alexandre Carunoac, une preuve indéniable qu’il s’était présenté comme étant Alexandre de K/voach mais le curé de la paroisse l’a tout simplement transcrit au son dans l'acte figurant au registre, notre ancêtre signant Le Bihan par la suite.

Il en est de même lors de son mariage, le 25 octobre 1732. En effet, à cette occasion, il utilise une autre variante devant la particule de K/voach. En replaçant les choses dans leur contexte, on ne peut faire autrement que de réaliser que sa belle-famille ne pouvait le connaître que sous le nom d’Alexandre de K/voach, dit le Breton même si, ironiquement, il utilise à cette occasion une nouvelle variante, une astuce s’il en est une car le breton se dit le bris en gaélique

Lors de son mariage avec Louise Bernier, notre ancêtre a reconnu officiellement un fils né hors mariage en février 1732, soit huit mois auparavant. Le curé avait alors inscrit dans l’acte, contrairement à la formule usuelle « né de père inconnu », celle de « fils d’un nommé Alexandre voyageur ». On le connaît donc sous ce prénom et ce n’est pas un hasard non plus si ce premier fils a été baptisé du prénom d’Alexandre. C’est donc que sa future belle-famille le connaissait déjà en  février 1732  sous  le prénom d’Alexandre et que, comme le 25 janvier 1727 à Québec, il se serait présenté à eux sous le nom d’Alexandre de K/voach, même si quelques mois plus tard, à son mariage, il signe le registre de Cap St-Ignace sous le nom de Maurice Louis Le Bris de K/voach.

De plus, on peut aussi tenir compte du fait suivant. Trois des sœurs de Louise Bernier, sa nouvelle épouse, avaient épousé, entre 1720 et 1722, trois frères du nom de Côté, trois des fils du Seigneur de la Rivière-Verte. Notre ancêtre était déjà en relation avec cette famille au moins dès 1730, soit deux ans avant son mariage. Le seigneur Côté, qui ne savait ni lire ni écrire, lui faisait alors confiance au point de lui demander de rédiger pour lui un contrat de vente de  terre sous seing privé. Les sœurs de sa nouvelle épouse ne pouvaient donc le connaître que sous ce nom d’Alexandre de K/voach dit le Breton puisqu’il signe ce contrat sous le nom d’Alexandre le Breton, surnom sous lequel il était très bien connu de tous comme on peut le voir ci-après.

En effet,  son origine bretonne ne faisait aucun doute auprès de ses contemporains au point où ceux-ci avaient surnommé notre ancêtre Alexandre le Breton. Les suites de la lettre qu’il écrivait le 30 novembre 1733 au gouverneur de la Nouvelle-France, le marquis de Beauharnois, sont fort convaincantes au sujet de la notoriété de ce surnom. Il signe cette lettre du nom d’« Alexandre de K/voach  ». Cependant, l’intendant Hocquart y donnera suite en émettant une ordonnance quelques jours plus tard dans laquelle il invite la population à aider « Alexandre le Breton ». La lettre est signée de K/voach alors que l’ordonnance mentionne le Breton sans la présence de cette particule de K/voach. Le contenu de ces deux documents met donc bien en évidence ce surnom donné à Alexandre de K/voach et nous permet aussi de constater que notre ancêtre était connu non seulement sous cette désignation de le Breton par la population en général, mais aussi par les autorités gouvernementales et judiciaires de la Nouvelle-France. Pour tous, il était Alexandre de Kervoach dit le Breton, peu importe toutes les variantes qu’il se plaisait à utiliser dans ses signatures. L’utilisation du surnom de le Breton par ses contemporains a été fort populaire puisque, très longtemps après son décès, ses propres  fils, ses petits-fils et même quelques-uns de ses arrière-petits-fils seront encore surnommés comme tel et même  certains le seront sous la forme de Berton, Borton et même Burton aux États-Unis.

L’utilisation courante que notre ancêtre a faite de la particule de Kervoach, autant dans ses signatures que dans la vie de tous les jours, permet clairement de comprendre pourquoi cette particule, qui servait à identifier jadis un toponyme en Bretagne, est devenue le patronyme de toute sa descendance. Si elle s’est transmise de génération en génération en Amérique du Nord c’est parce que notre ancêtre l’a couramment utilisée pour s’identifier auprès de tous. C’est aussi cette particule unique qui a permis aux chercheurs à la fin de l’année 1999 d’associer Alexandre de K/voach à la famille Le Bihan d’Huelgoat dont les ancêtres étaient originaires de Lanmeur en Bretagne.

 

François Kirouac

 

 

Chercheurs (par ordre alphabétique) ayant contribué à la découverte des documents mentionnés ci-haut: Patricia Dagier, Clément Kirouac, François Kirouac et l’abbé Gérard Lévesque