| Association des Familles Cliche (AFC) |
| Cette biographie de l'ancêtre Nicolas Cliche et de son épouse Marie-Madeleine Pelletier est un résumé des chapitres 2, 3 et 4 du tome 1 de Histoire et généalogie des familles Cliche, de l'auteur Marcel Cliche, publié à l'automne 2006. Ceux et celles qui s'intéressent à l'histoire de la famille Cliche et aux familles alliées peuvent se procurer cet ouvrage en se référant à la page Publications et articles-souvenir. (cliquez ici) |
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ACTE DE BAPTÊME DE NICOLAS CLICHE ![]() Le huitième jour de juillet mil six cent quarante cinq fut
baptisé Nicolas fils de Nicolas Cliche et de Catherine Poette sa femme furent ses parrain et marraine Pierre Cliche et Antoinette Lalouette femme de Jean Leroy. |
La naissance de Nicolas
Nicolas Cliche, l’ancêtre de tous les Cliche
d’Amérique, est né le 8 juillet 1645, dans la
paroisse Saint-Jean de Saint-Quentin, évêché de
Noyon, en Picardie, France. Il est le fils unique d’un premier mariage de Nicolas Cliche et
de Catherine Poette. Lorsque son père contractera un second
mariage avec Marguerite Bauny, le couple aura trois enfants : Paul,
né en avril 1652, André, né vers 1662, et Jeanne,
qui a épousé Pierre Lobert, le 7 février
1684, à l’église de la paroisse Saint-Jean.
Au temps des Nicolas, père et fils, (env. 1620–1671), les
Cliche de Saint-Quentin semblent former deux clans qui gravitent autour
de quatre paroisses, Saint-Thomas, Sainte-Marguerite,
Saint-André et surtout Saint-Jean, toutes à
proximité de la Collégiale. Cependant il semble qu'il faille rechercher vers l'est les origines du
paternel de Nicolas et son ascendance plus lointaine,
grand-père, arrière-grand-père, etc. De l'est vers
l'ouest, entre Vervins et Saint-Quentin, distancé de 50 km, des
Cliche ont été signalés dans douze communes de la
Thiérache dans la première moitié du 17e
siècle dont Chigny, Marly-Gomont, Autreppes, St-Algis,
Wiège-Faty, Fontaine-lès-Vervins, Haution et Le
Hérie-la-Viéville. À celles-ci s'ajoute le village
de Bernot plus à l'ouest.
LES POETTE
La mère de Nicolas, Catherine Poette, vient d'une famille qui
présente des similitudes avec les Cliche. Les cinq actes les
plus anciens sur les Poette ou Poete, à l'exception d'un
à Montreuil-aux-Lions, furent relevés dans les paroisses
Saint-Jacques, Saint-Martin et Saint-Jean de Saint-Quentin.
Les Poette sont plus nombreux et presque entièrement
concentrés en Picardie au 17e siècle. Ils ont
sûrement eu de l'influence dans leur cité puisqu'une rue
portera leur nom. Sur les soixante-douze Poette répertoriés dans l'Aisne,
entre 1620 et 1904, soixante-six se situent dans des communes à
moins de 10 km de Saint-Quentin.
La pénombre enveloppe ses vingt-six années comme citoyen
de Saint-Quentin, mais l'histoire de la ville permet d'imaginer le
passé de Nicolas. Un document unique, le plan de Saint-Quentin en 1557,
lithographié au XIXe siècle par Édouard Cliche,
reproduit dans ses grandes lignes la ville telle qu'elle était
au temps des Nicolas, père et fils. L'aspect et le
développement du bourg sont restés les mêmes du
XIIIe siècle jusqu'au lendemain de la Révolution
(1789). La ville comptait déjà à l'époque
médiévale de sept à huit mille habitants.
Six portes donnaient accès au bourg. Les Cliche vivaient au
nord-est de la cité, dans la paroisse Saint-Jean, à
l'intérieur des remparts. Le faubourg du même nom,
«essentiellement agricole» était hors les murs et la
communication entre les deux s'effectuait par la Belle-Porte qui menait
à un donjon flanqué de quatre tourelles. Elle devint la
porte Saint-Jean à cause de sa proximité avec
l'église Saint-Jean, où Nicolas est monté sur les
fonts baptismaux, et de la voie qui la traverse, la rue Saint-Jean
(aujourd'hui Raspail). Le chemin qui la prolonge conduit à
Cambrai et par une bretelle à sa droite, au
Cateau-Cambrésis, deux foyers de porteurs du patronyme Cliche
à partir des 18e et 19e siècles.
En juillet 1645, le mois même de la naissance de Nicolas, trois
cents Saint-Quentinois dirigés par leur gouverneur repoussent
les ennemis (Espagnols) qui ravagent le comté. L'année
suivante une émeute éclate. Le sang coule. Les bourgeois
s'opposent à un impôt, nommé la taxe des
aisés.
Nicolas, enfant et adolescent, n'a pu manquer les visites du roi Louis
XIV, le Roi Soleil, en 1654, 1657, 1670 et 1671, la misère
«effroyable» des années 1650 à 1656
provoquée par les passages des armées et les
dévastations des campagnes jusqu'aux fossés de la
ville, les manifestations de joie à l'occasion de la
signature du traité des Pyrénées avec les
Espagnols, en 1659, qui amène une paix durable et la reprise de
l'essor économique au même niveau qu'avant le siège
de la ville en 1557. Il voit aussi la reconstruction des fortifications de la ville selon
les plans du célèbre architecte militaire, Vauban. Dans
sa jeunesse, il a peut-être participé à la course
annuelle du mardi gras qui se tenait dans les Coutures, les terres
agricoles au-delà de la porte Saint-Jean, donc tout près
du foyer de ses parents. Il a sans doute été
témoin de l'incendie du 14 octobre 1669 qui détruisit les
deux clochers, les orgues et la toiture de la nef de la
collégiale.
Si Nicolas retournait dans sa ville aujourd'hui, il se
reconnaîtrait par la géographie des lieux, des
détails topographiques, la disposition des places, des rues et
des monuments. Même si elle a été détruite
à près de 80% lors de la grande guerre (1914–1918)
et que ses remparts ont été enlevés en 1801, la
configuration du Vieux Saint-Quentin est restée sensiblement
pareille.
ACTE DE MARIAGE DE NICOLAS CLICHE ET DE MARIE-MADELEINE PELLETIER ![]() L’an de N. Seigneur, gbic. septante et cinq [1675]; le treize d’octobre; après les trois publications de bans de mariage, ne s’étant trouvé aucun empeschemt. j’ay pretre soussigné faisant les fonctions Curiales en cette Église, recu le mutuel consentement d’icelui, de Nicolas Cliche, fils de Nicolas Cliche et de Catherine Poëte ses pere et mere de la paroisse de St. Jean Evesché de Noyon, d’une part; Et de M. Madelaine pelletier, fille de Georges pelletier et de Catherine Vannier de cette paroisse d’autre part; et ce dans les formes et ceremonies ordinaires de la Ste Eglise, en présence de Guillaume Morel, Robert Foubert et françois ringault. Signé F Fillon pretre Missionnaire. Morin ptre |
A. LES BELLES ANNÉES (1675 - 1681)
Nicolas et Marie-Madeleine, heureux et pleins d’espoir dans la
chaloupe qui les ramène de Sainte-Anne à Québec,
ont hâte de se retrouver dans l’intimité de leur
foyer. Ils avaient tout prévu car le 8 septembre 1675, un mois
avant le mariage, Nicolas avait loué d’un bourgeois de la
Basse-Ville, Noël Pinguet, la moitié d’une maison
pour un bail de deux ans «avec la cave au-dessous et le grenier
au-dessus, aprendre joignant Robert Paré jusqu’à la
clouaison qui sépare ladite maison présentement en
l’estat ou elle est, Et aussi du haut en bas».
C’est dans cette demeure que les Cliche passeront les cinq
premières années de leur vie de couple. Nicolas
renouvelle le bail pour trois ans, le 5 septembre 1677, à 100
livres par année. Leur logement se situe exactement là
où Québec est née. Il aurait donné sur
l’Habitation de Champlain, transformée par la suite en
magasin du Roy, et tout près de la Chapelle et du logis des
Récollets, les premiers missionnaires en Nouvelle-France,
arrivés en 1615. De 1675 à 1680, ils sont en face de la
place du marché, dans le quartier des brasseurs
d’affaires, marchands et négociants, et dans le voisinage
des rues Saint-Pierre, Sous-le-Fort et Cul-de-Sac qui regroupent
plusieurs artisans.
- TRAVAIL ET VIE COURANTE
Il n’y a pas de doute, Nicolas vit de son métier de
serrurier. Tous les contrats accolent sa spécialité
à son nom, mais aucun ne décrit le travail exigé
par ses employeurs parce que les ententes sont verbales. Il existe
cependant un document judiciaire qui en parle directement. Il comparaît devant la Prévôté de
Québec, le 13 novembre 1676. Jean Soulard, maître armurier
et arquebusier, se présente au tribunal en prétendant que
Nicolas Cliche (Clisse dans l’acte) n’a pas rempli
correctement le contrat qu’il lui a octroyé dans la
construction d’une résidence au Cul-de-Sac, sur le site de
l’actuelle maison Chevalier. «Les partyes ouyes»
[entendues], le défenseur, Nicolas, est tenu de ferrer trois
portes et de les faire fermer par de bonnes serrures
vérifiées par des gens experts et connaissants. Le devis
de cette besogne sera exécuté par Nicolas Gauvreau,
nommé d’office par le tribunal. Ce jugement est
intéressant parce qu’il confirme que le serrurier ne fait
pas que des serrures.
Trois mois auparavant, le 17 juillet 1676, devant la même cour,
il a gain de cause dans une affaire de cordes de bois. Louis Lefebvre
dit Battenville lui paye six francs pour une corde de bois qu’il
avoue lui devoir. Nicolas Cliche est convoqué à nouveau devant la
Prévôté, le 21 juin 1679. Il fait partie de
l’assemblée des amis de Nicole Flamant et de feu Louis
Leparc dit Saint-Louis. Ils doivent délibérer sur la
requête de la veuve, qui demande au tribunal, la permission de
vendre leur emplacement, la petite maison et la quatrième partie
d’une habitation sur ledit terrain avant de retourner en France.
Elle reçoit l’autorisation de vendre, mais d’abord
de payer les dettes de la communauté et que le surplus «
soit mis entre ses mains lors de son départ pour la
France».
Enfin, il est témoin dans une affaire criminelle qui
nécessite un procès de plusieurs mois en 1680-1681, soit
celui de Sébastien de Rosmadech dit Lachenaye Courtebotte,
matelot, natif de Vannes en Bretagne. Il est accusé du vol de
barres de fer chez le marchand François Hazeur, de la
Basse-Ville. Il les offre à tous les artisans
spécialisés dans les métiers du fer, à des
prix suspects. Ce procès
fut une bénédiction pour les Cliche parce qu’il a
révélé la place natale de l’ancêtre,
la ville de Saint-Quentin, en Picardie.
Par ailleurs, deux actes prouvent qu’il a fait appel à des
ressources extérieures dans l’exercice de son
métier. À l’été 1679, Jean Guiet
(Guay) et Jeanne Mignon de la seigneurie de Lauzon, choisissent
Nicolas pour enseigner la serrurerie à leur fils de 14 ans, Jean
Guiet. Le jeune apprenti ne fait pas long feu, il se blesse et sa
mère, s’appuyant sur la confirmation d’un
chirurgien, en profite pour mettre fin à cette association, le 7
décembre 1679.
Ayant réellement besoin de main-d’œuvre, il se
tourne vers un jeune maître armurier serrurier, Nicolas
Pré, frais émoulu d’un apprentissage de trois ans
dans l’atelier de Nicolas Gauvreau. Le 2 avril 1680, il
s’oblige à servir et à travailler de son
métier pour une durée de six mois consécutifs
à compter de ce jour. Maître Cliche s’engage
à le nourrir, le loger, le traiter humainement, lui fournir les
outils et un salaire de 40 livres pour cette période.
Il existe suffisamment de documents pour affirmer que les affaires
roulent bien dans les six premières années de la vie du
couple Nicolas Cliche et Marie Madeleine Pelletier. Durant cette
période, le couple a quatre enfants, dont nous reparlerons plus
loin. Nicolas parvient à subvenir aux besoins de la famille et
fait régulièrement les paiements pour son loyer aux
Pinguet et même loue la maison de Robert Paré, le 5
septembre 1677, peut-être pour y installer une forge.
- UN FOYER BIEN À SOI
Cependant Nicolas et Marie-Madeleine rêvent d'avoir un foyer bien
à eux. Nicolas achète un emplacement de vingt-huit pieds
de front qui donne sur le quai de Québec, le 16 avril 1678. Pour
être plus précis, il se localise dans le corridor
«allant du cul de sacq à la fontaine de Champlain».
Le terrain doit être pris au-dessus de la haute marée et
sur la profondeur, il se rend jusqu’à la
«coste» du cap aux Diamants. Ce marché se transige
avec Philippe Gaultier, sieur de Comporté, un noble poitevin
arrivé au Canada avec le régiment de
Carignan-Salières, en 1665. Il deviendra par la suite un
fonctionnaire important dans la colonie. Il avait reçu ce lopin
de terre avec une plus grande étendue de l’intendant Jean
Talon, le 7 novembre 1672. Nicolas accepte les conditions de la
transaction : le prix de 200 livres qu’il versera sous forme de
rente annuelle de 10 livres, et l’obligation de construire une
habitation avant deux ans.
À l’hiver 1679-1680, la charpente de la maison du
Cul-de-Sac s’élève et, le 4 avril 1680, Nicolas
retient les services de Louis et Sylvain Duplais, l’oncle et le
neveu, originaires du Berry, maçons reconnus pour leur
compétence, pour faire toute la maçonnerie «pour et
moyennant la somme de quatre livres et cinq sols pour et par chacune
toise [une toise = 6 pieds] de la muraille qu’ils feront en
ladite maison et pour leur travail seulement». Ils taillent
eux-mêmes les pierres de coin de la maison et s’ils
taillent les pierres de la cheminée, ils recevront un
supplément monétaire. L’échéance de
cet ouvrage est fixée au vendredi 9 août 1680.
Coup de théâtre: les Cliche n’habiteront pas le
Cul-de-Sac! Nicolas échange l’emplacement, la charpente de
la maison et des matériaux de construction au Cul-de-Sac pour un
emplacement plus vaste de quarante pieds de front par trente pieds de
profondeur, avec aussi une charpente de maison, au-dessous du
château Saint-Louis, dans la rue allant de la basse ville
à la haute ville, c’est-à-dire la côte de la
Montagne. Cet échange s’effectue, le 15 mai 1680, avec le
maçon André Couteron, très actif dans les
transactions immobilières: terres, emplacements et maisons. Le
marché étant plus avantageux pour Nicolas, il verse une
compensation de 40 livres qu’il aura acquittée en
septembre 1680.
Les maçons Duplais suivent leur employeur et posent les pierres
de la nouvelle résidence, pour laquelle ils lui donnent
quittance de 34 toises, le 9 août. Ça signifie que Nicolas
les a payés pour 34 toises, soit 144 livres et 10 sols au tarif
déjà entendu entre eux. Il reste la couverture et les
lucarnes qu’il confie, le 18 juillet 1680, à Pierre Gacien
dit Tourangeau, couvreur d’ardoises et de bardeaux. Celui-ci
promet et s’oblige à faire tous les travaux et à
fournir tous les matériaux, clous, bardeaux de cèdre et
d’épinette, à l’exception des planches pour
les trois lucarnes, deux du côté de la côte de la
Montagne et l’autre qui donne sur le fort. Il fixe le tarif
à cinq livres et cinq sols pour chaque toise de couverture
«faicte et parfaicte».
Les Cliche changent de statut à la fin de l’année
1680. Ils passent de locataires sur la rue Notre-Dame à
propriétaires sur la rue Côte-de-la-Montagne. Où se
situe-t-il dans la côte ? Les constructions dans la partie haute,
en face du parc Montmorency aujourd’hui, auraient commencé
autour de 1675, mais ce chemin doit être travaillé pour
recevoir des édifices : «on aménage l’espace
nécessaire en minant, creusant, vidant, déblayant et
remblayant le sol ; les accidents du chemin sont nivelés, les
courbes redressées et adoucies. On doit bâtir des murs de
soutènement, dont certains fort hauts».
Ils ont comme voisin, un bourgeois avenant, Nicolas Rousselot dit
LaPrairie qui serait peut-être le premier à
s’être construit dans la pente, en 1676. Il constate que le
coin de la maison des Cliche empiète d’un pied sur son
terrain. Il règle à l’amiable devant le notaire
Rageot, le 4 novembre 1680, en faisant un échange de bout de
terrain. L’autre voisin pour un certain temps, se nomme Jean
Levrard, canonnier, qui fait vider une place de 24 pieds sur 24 pieds
pour édifier en 1682, une maison en pierre et maçonne
vers le haut de la côte. Cette information est importante parce
qu’elle situerait le domicile de l’ancêtre
plutôt dans le haut de la colline, donc à proximité
de la Haute-Ville.
Un document du 17 janvier 1688 indique qu’il y a une boutique
attenante à la demeure, et une concession de Louis de Buade,
comte de Frontenac, conseiller du Roi, gouverneur et lieutenant
général pour Sa Majesté en Nouvelle-France,
à Nicolas Cliche, ajoute un jardin et une cour à leur
domaine.
La maison de la côte de la Montagne est toujours demeurée
dans les mains de Nicolas, et après son décès,
Marie-Madeleine Pelletier la conserve, contrairement à ce qui a
été écrit dans une biographie de
l’ancêtre des Cliche. Vingt ans après sa mort, le 5
août 1707, Jean Maillou, reçoit une quittance de M.
Duplessis, pour l’achat, lors d’une vente aux
enchères, d’une maison rue de la Montagne, appartenant
à Nicolas Cliche, débiteur de feu M. de La Chesnaye. La
nièce de Jean Maillou, Marie-Josephte Dubois, épousera
Claude Cliche, fils de Nicolas, en 1728.
Cet épisode heureux et bien rempli se termine par un
événement sans rapport avec l’immobilier. Nicolas
Cliche de l’évêché de Noyon, se fait imposer
les mains, dessiner sur le front une onction en forme de croix avec le
saint chrême et, peut-être, supporte une petite tape sur la
joue, de l’évêque de Québec, qui lui
administre le sacrement de Confirmation, le 26 août 1681.
B. LES TEMPS DIFFFICILES (1682-1687)
Le clan de Nicolas loge dans une belle résidence en pierre,
à deux étages, avec lucarnes, sur la
Côte-de-la-Montagne. Elle donne au maître du logis une
stature de bourgeois mais, pour y parvenir, il a dû emprunter
d’un compatriote picard, Charles Aubert de La Chesnaye,
l’homme d’affaires le plus important du 17e siècle
en Nouvelle-France et, en quelque sorte, la Caisse Populaire de son
époque.
Le notaire Romain Becquet se rend à la luxueuse demeure du sieur
Aubert, coin Sault-au-Matelot et Côte-de-la-Montagne (elle valait
21 000 livres tournois en 1665), pour rédiger les arrangements
entre Nicolas, son épouse et le marchand, le 7 février
1682. Le couple doit 1 400 livres qu’il s’engage à
rembourser par une rente annuelle de 70 livres. Selon un mémoire
écrit par Guillaume Morel, beau-frère de Nicolas et du
Frère Didace, qui a pour titre «Discussion des biens
immeubles de feu Georges Pelletier et Catherine Vannier», la
dette est encore plus élevée. Il l’évalue
à deux mille deux cents livres; une somme considérable si
on tient compte que «le salaire du 1er conseiller au Conseil
Souverain était de 300 livres par année». Pensez
aux gages de quarante livres de Nicolas Pré, pour six mois de
travail en 1680.
Le manque d’argent chronique empoisonne la vie de la famille
à partir de 1682. Georges Pelletier s’empresse de
compléter la somme promise en héritage, au mariage de sa
fille en 1675. Le 7 septembre 1682, Nicolas reconnaît avoir
reçu le plein montant de 200 livres. Cela est insuffisant. Toute
la belle-famille, Georges, le Frère Didace et Guillaume Morel,
se concerte pour dénicher des ressources financières,
sans doute plus pour aider Marie-Madeleine, les petits-enfants, neveux
et nièce que pour Nicolas qui est probablement en partie
responsable de cette situation précaire.
Didace mène la campagne de financement. Il paraît
clairement qu’il commande le respect, et qu’on est
porté à lui obéir. Il faut encore une fois
s’inspirer des textes de Guillaume pour comprendre les malheurs
de Nicolas et la générosité des Pelletier. Le
frère Récollet et Nicolas se sont présentés
chez le père et le beau-père pour le persuader de faire
quelque chose pour le libérer des griffes du sieur de La
Chesnaye qui l’a fait saisir deux fois. Il s’adresse
à sa communauté. Les Récollets n’ayant pas
d’argent suggèrent des arrangements qui ne sont pas
retenus par le créancier. Guillaume souligne aussi que Georges a
vainement cherché son gendre dans la ville à cause de la
mauvaise conduite de Cliche sur la boisson. Il reproche à son
beau-père, qu’il appelle «le bon homme» de
n’avoir même pas songé à lui faire une
réprimande.
Un contrat incomplet, passé entre le 15 mai et le 24 juin 1683,
semble indiquer que les Jésuites ont prêté de
l’argent aux Cliche.
A-t-on jugé trop sévèrement l’époux
de Catherine Pelletier? À la demande du saint frère, il a
réellement essayé de sortir son beau-frère du
pétrin. Le 28 février 1685, il s’oblige à
payer la somme de 210 livres à Charles Aubert de La Chesnaye,
argent qu’il avait d’abord emprunté au curé
desservant Sainte-Anne, Louis Soumande. Nicolas lui remboursera la
moitié de ce montant à la Toussaint prochaine et
l’autre moitié à la Toussaint de
l’année suivante et affecte en garantie dudit paiement
«tout ce qui pourrait lui appartenir de la succession de
défunte Catherine Vannier sa belle-mère,
décédée en mars 1684».
Effectivement, Nicolas vend, pour le prix de 175 livres, le quart de la
terre qui lui revient de la succession. Ça ne plaît pas
à Guillaume «ce à quoi ledit Morel ne songeait
point», mais Didace l’a demandé. L’un voit sa
dette réduite, tandis que l’autre agrandit une ferme
qu’il contrôle de toute façon, tout en se retrouvant
avec l’entièreté de la dette de 210 livres.
Tout porte à croire, comme on l’a dit ci-dessus, que,
malgré les saisies et grâce aux petites sommes
qu’ils réussissent à remettre, les Cliche
vivent toujours dans la maison de la côte de la Montagne.
Le dernier contrat qui le concerne directement date du 21 avril 1686.
Il admet devoir à Martin Prévost, de la côte de
Beauport, la somme de dix-sept livres cinq sols sur une plus grande
somme pour marchandises prêtées et livrées. Le
notaire, Claude Auber, le qualifie de maître serrurier et
bourgeois de la ville de Québec. Les deux témoins sont
des amis fidèles, Nicolas Gauvreau et Claude Chasle.
C. LA FAMILLE
Nicolas Cliche et Marie-Madeleine Pelletier ne seront que douze ans en
ménage, du 13 octobre 1675 au 23 décembre 1687. La
durée de leur union est dans la moyenne de
l’époque, soit de dix à vingt ans, au maximum.
Dans ce laps de temps, Marie-Madeleine met au monde sept enfants, dont
six vivront plus de dix ans. Les trois premiers, Nicolas (1676),
Jean-François (1678) et René (1680), voient le jour sur
la rue Notre-Dame et les quatre autres, la fille unique qui porte le
prénom de sa mère, Marie-Madeleine (1681), Claude (1683),
Vincent (1685) et Nicolas-Lucien (1687), dans leur
propriété de la Côte-de-la-Montagne. Ils ont tous
été baptisés dans la paroisse Notre-Dame et dans
l’église du même nom, basilique-cathédrale de
Québec, sur la rue Buade.
Le recenseur qui visite les Cliche vers mars 1681, les enregistre sous
le patronyme Queliche. Le nom semble difficile à saisir parce
qu’il est souvent orthographié Clisse et parfois Claiche,
par les greffiers et les notaires. Les âges des quatre enfants
sont corrects, par contre, Nicolas s’est rajeuni de huit ans (28
ans au lieu de 36 ans) et Marie-Madeleine de plus de 2 ans (20 ans au
lieu de 22 ans et 4 mois). Au recensement de 1681,
l’administration dénombre les armes à feu, les
bêtes à cornes et le nombre d’arpents de terre en
valeur. Nicolas Cliche déclare un fusil; Nicolas Rousselot, le
voisin, un fusil, deux pistolets et 6 arpents en valeur.
Nicolas et Marie-Madeleine auraient de bonnes raisons de se
réjouir et de célébrer leur dixième
anniversaire de mariage, en octobre 1685, car les six enfants
nés jusqu’à ce jour sont tous vivants et
tourbillonnent dans le foyer. Les âges varient de 1 an à 9
ans.
Cependant la grande faucheuse rôdait sur la colline. Elle
élimine en un an tous les Nicolas de la famille. Elle vient
d’abord chercher, l’aîné des enfants, Nicolas,
le 7 novembre 1686. Il avait fêté ses dix ans, un mois
auparavant. Huit mois plus tard, le 24 juillet 1687, elle ne laisse que
17 jours d’existence au poupon, Nicolas-Lucien. Insatiable, elle
frappe Nicolas, la souche, le pionnier et l’ancêtre des
Cliche d’Amérique, le 23 décembre 1687. Il avait 42
ans. La cérémonie des funérailles s’est
déroulée dans la cathédrale de la paroisse
Notre-Dame de Québec. Il est probable qu’il a
été parmi les derniers à être inhumé
dans le premier cimetière de Québec, «le terrain
triangulaire qu’on voit, à droite de la côte de la
Montagne». «Il fut le champ des morts de Québec
jusqu’en 1688».
Désormais Marie-Madeleine Pelletier, mère et tutrice,
doit réorganiser la vie familiale pour subvenir aux besoins de
cinq enfants en bas âge : Jean-François (9 ans),
René (8 ans), Marie-Madeleine (6 ans), Claude (4 ans) et Vincent
(2 ans). Les trois derniers prendront racines pour assurer la
postérité du couple Cliche-Pelletier et la
prospérité du patronyme Cliche.
Nicolas Cliche n’aurait sans doute jamais pensé que son
nom passerait à l’histoire et que trois siècles et
demi plus tard des milliers de descendants honoreraient sa
mémoire. Son exploit vient justement des 20 000, 30 000, 40 000
Nord-Américains qui le retrouvent dans leur arbre
généalogique. Il ne pourra jamais être
oublié!
ACTE D'INHUMATION DE NICOLAS CLICHE ![]() Le vingt troisième jour de décembre, de l’an mil six cent quatre vingt sept, a été inhumé par moy François Dupré, curé de Québec, au cimetière, Nicolas Cliche, serrurier, après avoir reçu les ss.[saints sacrements] de pénitence, viatique et extrême onction et ont assisté à son inhumation toussaint du baus et Joseph Pinguet qui ont signé. toussaint dubau joseph pinguet françois Dupré |
ACTE D'INHUMATION DE MARIE-MADELEINE PELLETIER ![]() Le quatrième jour du moy de decembre de l’an mil sept cent un a été inhumée au cimetiere de cette paroisse par moy pretre curé de quebec marie magdelaine marie magdeleine pelletier femme de millet agee de quarante cinq ans ou environ apres avoir receu les Sacrements de penitence viatique et extreme onction en presence de Jean dubreuil, Jacques michelon et autres témoins. François Dupré |