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Nous avons souligné le caractère fortement rural de la Nouvelle-France. C'est le constat que nous retenons également du parcours des deux familles Cazeau (1719) et Casault (1759). Jean Casaux dit Bascout, chirurgien à Château-Richer, prend possesion d'un lopin de terre dès 1740. L'un de ses fils, Joseph, confirme la vocation agricole de la branche aînée de cette famille en s'alliant en 1764 à Marie-Cécile Bélanger, fille unique et héritière de vastes terres dans la même paroisse. La tradition agricole de cette branche devait se poursuivre pendant 200 ans sans interruption. Quant à Jean-Baptiste Casault, qui s'est établi à Montmagny, il devient lui-même agriculteur, un statut que plusieurs de ses fils perpétueront également à Montmagny, Saint-Vallier et la région de Saint-Hyacinthe. On ne saurait parler de la vie à
la campagne comme d'un monde immuable et sans surprises. La transmission
du patrimoine est une question épineuse qu'il faut résoudre
à l'avantage de deux ou trois enfants et souvent d'un seul. Le morcellement
n'est pas non plus une panacée pour établir les fils. Il faut
à chacun une superficie suffisante pour faire vivre une famille complète.
En 1900, à Château-Richer, depuis les premières terres
occupées en 1764, le jeu des subdivisions avait favorisé deux
familles Cazeau seulement, tandis qu'à Montmagny, à la même
date, depuis 1767, on pouvait compter à peine trois familles Casault
d'agriculteurs. Dans le cas de Montmagny, des familles de cultivateurs avaient
essaimées dans d'autres régions, confirmant le poids très
important de l'agriculture dans l'histoire du Québec. À Montmagny
et Château-Richer, les deux familles cesseront leurs activités
agraires vers 1940-1950. La ville exerce un fort pouvoir d'attraction. Dès 1764, Marie-Madeleine Voyer, veuve de Jean Casaux dit Bascout, s'installe à Québec, sa ville d'origine, avec ses jeunes enfants, dont Pierre et Jean Cazeau, qui demeureront citadins toute leur vie. Tous deux exerceront le métier lucratif de charron. Originaire de Montmagny, Charles Casault, un des fils de Jean-Baptiste Casault, se retrouva à Québec dès le début des années 1800 et son métier de menuisier l'amènera à poursuivre une carrière très active de constructeur de maisons. La vie à la ville n'est pas toujours une sinécure. Les conditions de vie sont parfois déplorables : eau potable insuffisante, incendies successifs et épidémies fréquentes sont le lot du citadin. À l'hiver 1783-1784, en deux semaines, Pierre Cazeau et son épouse, Marie Dion, voient cinq de leurs jeunes enfants mourir d'une épidémie de variole et de fièvre rouge. Le choléra de 1832 et 1849 fera des ravages qui s'étendront parfois à la campagne. Charles Casault, menuisier actif, voit sans doute ses propriétés menacées par les nombreux incendies qui ont dévasté la basse-ville de Québec au milieu du XIXe siècle. Mais la ville n'a pas que des inconvénients. Elle offre un milieu de vie dynamique et rempli d'opportunités. Ainsi, Charles Casault s'est impliqué dans la vie municipale à Québec à titre de conseiller (vers 1833-1835), comme membre du comité des chemins (1833-1834), du comité sanitaire (1833), comme capitaine d'une compagnie de pompiers (1835) et comme chef d'élection (1836). Il a procédé à l'inspection des travaux du marché Saint-Paul en 1833 et à l'enquête sur l'incendie du pont Dorchester en 1834. |
![]() La famille de Louis-Thomas Casault et Vitaline Boulanger en 1925 à Montmagny. Première rangée : Corinne, Bernard, Vitaline Boulanger, Louis Casault, Yvonne, Bernard. Debout : Paul et son épouse, Rosa Létourneau, Ernestine Cloutier et son époux, Antonin Casault, Louis-Émile Robin (époux d'Yvonne), Marie-Louse et Gérard. Collection : Onil Corriveau
![]() Maison Hudon à Château-Richer. Elle a été occupée par les Cazeau de 1764 à 1940. Collection : Michel Caseault
![]() Louis Côté et Malvina Cazeau sur leur terre à L'Ange-Gardien. Collection: Michel Caseault |
Québec, capitale politique, est aussi un milieu favorable pour les professions libérales et le clergé. La législature et la fonction publique offrent de belles carrières. Mais tout ce beau monde ne vit pas sur l'or. Dans les années 1830, la famille de Mgr Charles-Félix Cazeau devra céder ses biens. Clément Cazeau renoncera à sa carrière dans l'enseignement pour un poste plus lucratif à la Douane. Les grands noms de nos deux familles Louis-Napoléon Casault, Louis-Jacques Casault, Charles-Félix Cazeau, tous de Québec, mèneront des carrières prestigieuses. Louis-Jacques Casault est le fondateur de l'université Laval à Québec. D'autres poursuivront des chemins différents
: Honoré Casault sera huissier à Québec pendant plus
de quarante ans. Francois de Lévis Casault et Arthur Cazeau opteront
pour un emploi comme fonctionnaires à une époque où
le favoritisme existait. Au début du siècle, à Québec,
Adolphe Casault, qui a avait commencé une carrière de télégraphiste,
deviendra reporter à l'Associated Press. Montréal Dès les années 1880-90, nous pouvons noter la présence des Cazeau et Casault à Montréal. Mais c'est à partir des années 1920-1940 que cette présence s'est nettement accentuée au point où l'on retrouve aujourd'hui à Montréal un plus grand nombre de personnes portant nos patronymes qu'à Québec. Tous ces nouveaux arrivants ont convergé vers Montréal de la ville de Québec, de Montmagny et de Granby. |