Les Français avaient perdu la guerre. Mais la population n'allait pas s'en tenir à vivre en peuple conquis. Sous le régime anglais, comme en fait foi l'histoire des Cazeau et Casault, plusieurs membres de nos familles ont eu une implication importante dans ce qui allait devenir le Canada et, bien sûr, le Québec. Le parcours des Casault et Cazeau rappelle plusieurs étapes marquantes de notre histoire.


La milice

En Nouvelle-France, comme en Nouvelle-Angleterre, la population était enrôlée dans les milices afin de défendre des frontières trop vastes pour une armée régulière. En 1775, au lendemain de l'indépendance américaine, Québec est assiégée de nouveau, cette fois, par les Américains. Le champs de bataille ne sera pas les Plaines d'Abraham, mais divers points névralgiques de la ville dont la basse-ville. Les demeures de Jean Cazeau et Hélène Cazeau se situent au beau milieu du champs de bataille, ce qui obligera leurs propriétaires à se réfugier à Château-Richer. Au même moment, les miliciens de Château-Richer se trouvent stationnés en haut de la chute Montmorency pour prévenir tout débarquement à cet endroit. Les miliciens font toutefois peu de cas de cet affrontement entre les Britanniques et les Américains et leur zèle dans la défense de la colonie laisse à désirer. Les Américains partis, le gouvernement lancera une enquête et révoquera tous les responsables de milice ayant coopérés avec l'ennemi. C'est à partir de ce moment que l'on verra les Cazeau-Casault à la tête des milices d'abord à Château-Richer avec la nomination de Joseph Cazeau comme capitaine, puis par la suite à Montmagny, avec Louis Casault, fils de l'ancêtre, Jean-Baptiste.

Le capitaine de milice est une figure importante dans la paroisse. Il conduit les troupes, veille à l'entraînement des miliciens et fait figure d'autorité pour bien d'autres questions. Les observateurs placent le capitaine de milice sur le même rang que le curé et le seigneur. L'influence du capitaine va loin. Louis Cazeau, cultivateur de Château-Richer, mènera une brillante carrière qui ira au-delà de la paroisse, puisqu'il deviendra major de toutes les milices de la Côte-de-Beaupré. Il s'impliquera dans la question des écoles et sera nommé marguillier. Position prestigieuse et recherchée, chacune de nos familles comptera son capitaine. Au delà de l'honneur que confère la fonction, un appel aux armes est toujours possible puisque la colonie risque constamment d'entrer en guerre. En 1812, une nouvelle invasion américaine menace la colonie et François-Régis Cazeau se trouve sur les rangs pour combattre les envahisseurs.


 

 


Elmire Pangam, épouse de Louis-Napoléon Casault, Archives Nationales du Québec à Québec

 

 

 

 

 


 


Charles-Félix Cazeau (1807-1881), Livernois, Archives Nationales du Québec à Québec

 


Louis-Jacques Casault (1808-1862), fondateur de l'Université Laval, Archives Nationales du Québec à Québec

 

 


Napoléon Casault, avocat, puis juge

 

 

1837 : la colère gronde

En 1832, plus de 10 000 personnes au Québec sont emportées par l'épidémie de choléra. La population s'insurge contre les précautions sanitaires insuffisantes qui entourent l'arrivée de milliers d'immigrants qui arrivent par le port de Québec. Dans les années suivantes, l'agriculture connaît des années difficiles. En 1837, le terrain est propice pour que le mécontentement prenne une tournure politique contre le gouvernement britannique et donne naissance à la Rébellion des Patriotes. Les troubles éclatent dans la région de Montréal. Jean-Baptiste Casault de St-Hyacinthe prend part aux combats. La région de Québec vit dans l'agitation. Jean-Baptiste Cazeau, député à la Législature prend le parti de Papineau. Charles Cazeau est recherché pour avoir fabriqué des balles de fusil en vue d'une insurrection. À la maison Casault de Montmagny, alors propriété de Charles Faucher, époux de Geneviève Casault, un grand banquet est tenu en l'honneur du chef rebelle. La révolte est écrasée. Des prisonniers sont pendus, d'autres exilés. Plusieurs, dont Charles Cazeau, prendront le chemin des États-Unis.


1867 : la Confédération

Le projet d'unir les colonies britanniques en Amérique repose sur un ensemble de circonstances et de préoccupations les plus diverses. Le géant américain fait peur. Où s'arrêtera l'expansionnisme de nos voisins ? L'idéal de liberté qui y règne fait aussi craindre le pire aux autorités catholiques qui y voient une menace à l'emprise qu'ils exercent sur leurs fidèles. Pour favoriser l'émergence d'un compromis politique, les autorités religieuses acceptent des dispositions sur le divorce. Ainsi, Charles-Félix Cazeau se rendra au Nouveau-Brunswick afin de convaincre les catholiques de cette province que le pacte confédératif, malgré ses défauts, vaut la peine d'être adopté. Un fois le pacte ratifié, trois frères Casault, François-Louis, Louis-Joseph et Napoléon, quitteront le parlement de Toronto pour inaugurer celui d'Ottawa.

 1885 : En route pour l'Ouest canadien

De nouveaux territoires s'ouvrent et requièrent la présence de la Police Montée. Godefroy Casault, dont la vue oblige à porter des lunettes, est accepté malgré tout au sein du corps policier grâce aux pressions politiques d'un de ses oncles ... Charles Casault de Québec signe un engagement de cinq ans. Philippe Casault s'enrôle à Montréal et part pour Edmonton, Alberta où il épouse une autochtone de l'endroit, Mary Wredde. Il passera quinze longues années dans l'Ouest canadien, notamment à Innisfall, Alberta. Veuf, il reviendra à Québec, mais le séjour là-bas avait considérablement miné sa santé. Dans l'Ouest canadien, Louis-Adolphe Casault jouera un rôle militaire très important au sein des forces armées. Par la suite, il occupera des fonctions élevées dans la hiérarchie.


1900-1950 : Vers un état moderne

La première guerre mondiale, la crise économique des années 1930 perturbent le quotidien, mais c'est au moment de la deuxième guerre mondiale que le Canada et le Québec sont lancés vraiment vers la modernisation. Programmes sociaux, infrastructures, tout est mis sur pied pour faire de cette nation ce qu'elle est aujourd'hui. De cette transition, aucun Cazeau ou Casault ne ressort d'une façon marquée. Nous pouvons dire cependant qu'ils seront nombreux, les membres de nos familles, à participer sans trop d'éclats peut-être, mais activement, à bâtir patiemment routes, barrages, lignes électriques, services municipaux et gouvernementaux, etc.

L'histoire de tous ceux qui ont participé à cet effort reste à faire. Nous ne doutons pas qu'un jour, elle soit achevée.