Dès 1608, date de la fondation de Québec, des colons s'installaient en Nouvelle-France. En remontant l'arbre généalogique des francophones, il est facile de retrouver certains de nos ancêtres à l'oeuvre dès ces débuts. Mais de ces pionniers, nulle trace des Cazeau ou des Casault que l'on retrouve au pays beaucoup plus tard.

Il faudra attendre au siècle suivant avant de voir l'arrivée de Jean Casaux dit Bascout, chirurgien, à Québec vers 1719. Dès 1710, l'intendant de la Nouvelle-France avait statué que l'exercice de la chirurgie serait réservé à un nombre précis de chirurgiens. C'est que trop souvent les chirurgiens de navire désertaient leur bâtiment et livraient une concurrence indue à ceux déjà établis. Il n'a donc d'autres choix que de se tourner vers une pratique à la campagne. C'est sans doute sur les indications de sa belle-famille, les Voyer, qu'il opte pour Château-Richer. En 1723. il succède au chirurgien Jean Navers, décédé la même année. Il exercera la chirurgie sur la Côte-de-Beaupré pendant près de quarante ans. En 1759, en raison de la guerre, Cazeau verra sa demeure incendiée. Pendant deux siècles, cette famille optera pour l'orthographe Cazeau, mais il existe aujourd'hui plusieurs variantes.

Comme exception notable à tous nos pionniers établis sur les rives du Saint-Laurent figure deux individus. Le premier, Jean Casault dit Laforge a épousé Marie Lauxeau le 21 juillet 1722 à Port-Lajoie, en Acadie, maintenant la Nouvelle-Écosse. Nous ignorons tout des allées et venues de ce couple.

Un compatriote, Jean Caseau, menuisier, s'établira à la forteresse de Louisbourg au Cap-Breton. En 1752, il épouse Louise Guilton, de qui il aura une fille, Marguerite. Il meurt prématurément en 1754. Quel est le destin de la mère et sa fille par la suite ? Nul ne saurait le dire. En 1758, la forteresse est assiégée pour la deuxième fois. Les Britanniques s'en emparent et évacuent tous ses habitants vers la France, dont Marguerite et sa mère.

 
Trébuchet utilisé par Jean Casaux dit Bascout pour la pesée des médicaments. Conservé dans la famille depuis 1763. Collection : Michel Caseault
Photo Denis Ross, 1997


Jean-Joseph Casot (1728-1800), Livernois, Archives Nationales du Québec à Québec


Maison ancestrale des Casault à Montmagny,
MAC, FM-6592-A-1

Une autre pionnier, François Cazeau, arrive en Nouvelle-France vers 1754 comme soldat. Il prend épouse en 1759 et s'implique activement par l'intermédiaire de sa belle-famille, les Vallée, dans le commerce des fourrures. À la Conquête, tout comme l'élite politique et marchande du pays, il quitte la colonie. Mais sans doute attiré par les perspectives économiques du négoce des fourrures, il choisit d'y revenir malgré la présence des Britanniques. Cazeau est pratiquement le seul individu portant notre patronyme pour qui nos manuels d'histoire réserve une petite place. Revenu au Canada pour opérer un poste de traite de fourrures à Michillimakinac, les affaires de Cazeau souffrent sans doute d'une vive concurrence des commerçants Britanniques. Il n'en faut pas plus pour qu'il se range du côté des Américains qui se proposent d'envahir le Canada. Il leur livre fournitures, vivres et bateaux, mais l'invasion à la hauteur de Montréal échoue. Cazeau est emprisonné avec son fils à Québec. Après avoir réussi à s'échapper, il est contraint à l'exil en France, où il mettra tout en oeuvre pour récupérer les sommes qu'il avait versées au gouvernement américain. Aucun des descendants actuels de François Cazeau ne porte le nom Cazeau. Les membres de la famille Reeves sont très fiers de compter dans leur généalogie un ancêtre aussi illustre.

Jean-Joseph Casot s'est illustré aussi à sa façon dans la foulée de la guerre qui a opposé les Français et les Anglais. Originaire de Lièges en Belgique, il arrive à Québec en 1757 comme Jésuite. Il se trouve à Québec lorsque les boulets de canon pleuvent sur la ville pendant l'été 1759. En septembre, après la défaite des Français sur les plaines d'Abraham, les Anglais occupent le collège de la communauté. Les lendemains sont parsemés d'embûches pour les Jésuites. Le traité de Paris stipule qu'ils pourront demeurer au pays, mais au même moment, on leur interdit de recruter de nouveaux membres. En 1774, l'ordre ne compte plus que douze membres ; neuf décèderont entre 1775 et 1785. Il verra ses confrères disparaître un à un et sera le dernier Jésuite au Canada. Il est décédé en 1800.

L'année 1759, année charnière dans le destin de la Nouvelle-France, offre pourtant une lueur d'espoir puisqu'elle marque l'arrivée durant le mois de décembre de Jean-Baptiste Casault, le pionnier qui, de toutes les familles Cazeau, possède à ce jour le plus de descendants de ce nom en Amérique. Il prendra épouse en 1767 à Montmagny en s'alliant à la famille Michon. Jean-Baptiste deviendra un cultivateur prospère à Montmagny. Les descendants de ce pionnier utilisent largement l'épellation Casault, de même que Cazeault à Montréal et aux États-Unis.