La VIE en Nouvelle-France au XVIIè siècle
Nous regardons avec romantisme l'époque des découvreurs de la Nouvelle-France, celle des
Christophe Colomb 1492, Jacques Cartier 1534-1541, Samuel de Champlain 1603-1626
Brûlé 1615-1621, Nicollet 1634, François Bélanger 1634-1667,
De Quen 1647, Des Groseillers 1654-1660, Radisson 1659-1660, etc..,
En fait la vie à cette époque était absolument invivable et, impossible à comparer avec celle d'aujourd'hui au 21è siècle.
Nous devons énormement aux Jésuites de l'époque pour leur récit
journalier de ce qui se passait. Les événements sont rapportés
selon le point de vue de la religion du temps où on ne pensait qu'à convertir les
infidèles et les sauvages à l'Église du Dieu de la France du Moyen age.
Dieu sait que tout n'était pas très catholique pour les infidèles du temps.
Même nos bons jésuites, n'obtiendraient pas toujours l'absolution
sans une bonne pénitence aujourd'hui.
Il faut absolument lire quelques pages des Relations des Jésuites
pour bien réaliser ce qui se passait pour les colons avec toutes les embûches
auxquelles ils devaient faire face et devant leur nécessité de survivre dans un climat loin de celui de leur
pays d'origine.
Limitons nous aux bons moments de cette vie de nos ancêtres.
C'est peut-être là où on peut y trouver
une miette de romantisme.
Voyons
quelques belles descriptions de la manière de faire d'alors:
Le Père Léonard Bélanger, Jésuite,
en plus d'être extrêmement intéressé à la généalogie, ayant même écrit un volume
sur l'histoire de la vie de ses ancêtres les plus proches de lui, il a la chance d'être
au centre même des bibliothèques des Jésuite. À ma demande, il s'est mis à
rechercher les textes originaux des quotations que j'ai inscrites dans mes volumes
sur la Généalogie de Armand Bélanger et Elmina Cantin. Ce fut une suggestion heureuse
puisque notre bon Père Bélanger, qui ne lâche jamais prise même s'il est un jésuite
des temps modernes quelques trois siècles et demi depuis la petite Nouvelle-France
de notre ancêtre Françoias Bélanger, a trouvé des perles que je me permettrai de
citer ici. Étant en langage de l'époque, très difficile à lire de nos jours, Je
présenterai les passages les plus importants en langage libre Québécois courant.
M. Raymond Bélanger, le recherchiste de l'Association, a écrit un très important texte
intitulé Les Institutions au 17è siècle au temps de François et de Nicolas .
Il est présenté sur notre site en page INSTITUTION
que vous pouvez rejoindre en cliquant sur ce mot. Dans le texte Raymond parle d'une
structure intermédiaire entre le peuple et le conseil d'érat. C'est dans ce syndic
que notre François fait parti. Je le mentionne ici puisque la composition de ce syndic
a été retrouvé par le Père Léonard dans le Journal des Jésuites en page 185 d'Aoyst 1653.
Je le cite ici:
Fut faite & declarée la nomination de M. Daillebouft au fyndicat.
| Thomas Hayot, |
Adjoint |
du Cap Rouge y compris Syllery. |
| M. de Tilly, |
|
de la cofte Ste. Geneuieuse. |
| M.Denis, |
|
de Quebec. |
| Le fieur La Meflée, |
|
de la cofte de N. D. des Anges. |
| Guill. Peltier, |
|
de Beauport. |
| François Belanger, |
(pour Bellenger) |
de la Longue Pointe. |
| Pierre Picard, |
|
du Cap Tourmente. |
| M. Buiffot, |
|
de la cofte de Laufon |
Chaque année dans la colonie, il y avait une très grande fête, celle du
St-Sacrement (notre Fête-Dieu). Comme il se doit, on organisait une procession.
Ce n'était pas rien. L'organisation prenait du temps et il y avait des tergiversations.
Tout, tout, tout était planifié. Qui serait dans la procession; comment il
serait habillé; ce qu'il porterait; sa position exacte dans l'ordre de
la procession, etc...
On trouve des descriptions de ces processions dans les Relations des
Jésuites et surtour dans le Journal des Jésuites. J'ai choisi d'en
présenter une ici parceque mon ancêtre Jean Guion y a participé. Il est
mon ancêtre par mon grand père Bélanger et aussi par ma grand mère Dion.
Je vous présente donc les pages 47, 48 et 49 du Journal des Jésuites
de mai 1646. Comme il est difficile pour nous linguistes des temps modernes
de lire le texte, Je présente aussi un texte que quelqu'un dont je ne connais
pas le nom, a écrit et qui décrit fort bien en des mots plus accessibles et plus concis
ce qui se passait.
«Le journal des jésuites dans une note très intéressante concernant l'ordre à suivre durant
la procession de la Fête-Dieu en 1646 et comme il semblait y avoir eu discussion de tous côtés, dit:
"Quelqu'un ayant fait souvenir qu'il fallait garder l'ordre de l'Honneur des métiers,
notre frère Liègeois ayant suggéré qu'il ne fallait point avoir égard du tout à l'honneur, mais
que du reste ils s'accommodassent par entre eux, quelqu'un d'eux ayant dit qu'il fallait donc que
les pères menassent leurs enfants, les deux plus vieux marchèrent les premiers, savoir: Zacharie
Cloutier et JEAN GUION". Ce fut la première reconnaissance officielle au droit de représentation
d'un corps de métier à une fête publique au Québec. (avez-vous lu l'imparfait du subjonctif ?).
Suit l'ordre de la procession:
"Deux clochettes marchoient devant, puis la bannière; celuy qui la portoit avoit
un chapeau de fleurs. La Croix suivoit portée par un jeune garçon de 20 ans en aube & lisets; à ses
deux costés, deux enfants en surplis & lisets. Suivoient les torches, 6, en nombre pour la 1re fois; on
destina pour les porter les métiers du pays, sçavoir; charpentier, maçon, matelots, taillandiers,
brasseurs & boulangers, ausquels ce coup on envoya la veuille des torches faites par nostre industrie et de notre cire
& ils les accomoderent de festons, & Jean GUION, maçon mit un escusson à la sienne
où estoient les armes de son métier, marteau, compas & reigle....
après les torches, suivoient quatre chantres laïques, puis M. de St.Sauveur & M. Nicolet, en surplis & estolle;
puis le P. Vimont & le P. Dansdemare: puis 6 anges françois, & deux petits sauvages en leur habit.
Tous portoient des chandeliers ou cierges, excepté les deux derniers qui portoient deux corporaliers.
Après eux deux de nos FF. en surplis avec encensoirs fumans; puis sous le dais aux deux coftés du
St-Sacrement, le P. Drouilletes suivant le diacre en dalmatique, & M. le Prieur sousdiacre en
aube & estolle; notre F. Liègeois en surplis marchoit le dernier derrière le St-Sacrement, & faisait
office de maitre de cérémonies..."
»
(Mais oui, les Brasseurs viennent avant les Boulangers...!)
Quels souvenirs anecdotiques aujourd'hui...
mais bien réels de l'histoire...?
C'est donc dire qu'au Canada-Français, le fait religieux
remonte à loin. Il semble qu'il
sera toujours imprégmé dans notre subconscient. Ceci me rappelle un petit texte que j'ai écrit
pour notre semainier paroissial, le 20 avril 1992. Comme il y est même question de procession de
la fête-Dieu de mon enfance, je vous le présente donc même si à vos yeux, pour vous
le passé est bien loin derrière:
Notre Petite Histoire Religieuse...?
Pâques moderne 1992 à Notre-Dame de Pontmain: Le souvenir de la résurrection de
Jésus-Christ se passe aujourd'hui entièrement sous l'oeil de l'Esprit-Saint. Tout de même,
cette année, on y a vécu un événement tout à fait mouveau soit comme disait un
jeune, "Y'vont distribuer l'eau bénite individuellement à tous", Comme septiagénaire
bien ancré, j'aurais préféré qu'il eut dit Notre Pasteur ou notre Bon Curé... mais ce petit
fait inédit m'amena à des souvenirs de l'époque où la Semaine Sainte était observée religieusement
par tous à l'extérieur par surcroît. On a bien vu encore cette année, à Montréal, quelques
milliers de personnes se rendre à pied vers la Basilique Notre-Dame... mais c'est loin du
passé de mon enfance.
Il y a quelque soixante ans, le Jeudi-Saint débutait après l'office religieux par un défilé
sans fin de tous allant d'une église à l'autre rencontrer le Seigneur... les trottoirs étaient
remplis de pélerins déambulants en doubles colonnes sans fin. Fait remarquable, les jeunes
y étaient en abondance. Pourquoi ? L'occasion unique de rencontere une belle gentille inconnue
et de marcher avec elle !. Le Vendredi-Saint et le Samedi-Saint, mon église baptismale.
l'énorme St-Jean-Baptiste de Québec sur la rue St-Jean, était remplie à craquer.
Nous les jeunes, nous y allions dès l'aurore pour prendre place au jubé dans la première rangée
pour avoir une vaste vue de tout. On se serait cru à une vente de feu à l'ouverture des portes
où tous les jeunes s'engouffraient à la course dans les longs escaliers vers le jubé.
Pâques était plus recueillant! On préférait aller près des grands orgues pour entendre
chanter les célébrités et voir le cortège des belles choristes. De très loin, on observait
les nombreux Assistants entourant le Célébrant. C'était impressionnant! Ce qui immédiatement me
rappelle les grandes processions de la Semaine-Sainte en Espagne Andalouse d'aujourd'hui. On y voit
tous les pénitents 'Nazaréens' en cagoule pointue marcher en grande pompe avec le seul son
macabre des tambours résonnants d'une seule note aux deux pas. Tous attendent anxieusement
la venue des énormes Vierges transportées à dos d'hommes. Ni que hablar tiene, la de la
Basilica Guadelupe de Mexico. (sans parler de celle à
la Basilique Guadelupe de Mexico.)
Chez nous, ça rappelle les processions de la fête-Dieu dans la ville de Québec des années 1920
où toutes les rues du parcours étaient balisées au complet, où les banderolles s'étendaient au
dessus des rues d'une maison à l'autre, où il y avait des sapins aux deux pieds de chaque côté
des rues, etc. (malheureusement, les caméras vidéo n'existaient pas à l'époque, et même pas la radio!)
Impressionnant pour les jeunes et surtout pour les vieux qui visitaient les REPOSOIRS après
la procession pour y voir leur incroyable beauté. Cette tradition existait encore, en très petit,
au début des années '60 à Notre-Dame de Pontmain. Il ne reste de ce symbolisme aujourd'hui que le
souhait de paix entre paroissiens pendant la messe....
Un paroissien de la première heure qui a vu
le début et la fin de cette belle église paroissiale de Notre-Dame de Pontmain, 1958-2002).