1634-1640
SEIGNEURIE DE BEAUPORT
Adaptation à la Nouvelle-France
Texte de Raymond Bélanger 
 

Une fois arrivé au Canada, François , comme prévu dans son contrat d'engagement signé à Mortagne en 1634 avec Robert Giffard, travailla trois ans pour lui dans sa seigneurie de Beauport où il signa le 27 juillet 1636 son contrat de mariage avec Marie Guyon, fille de Jean Guyon et de Mathurine Robin. Un an plus tard, soit le premier juillet 1637, ils se marièrent en l'église Notre-Dame-de-Recouvrance de Québec. À cette occasion, les parents de Marie lui donnèrent, en cadeau de noces, une portion de terre au fief Du Buisson concédée par Giffard en 1637 en vertu du contrat de Mortagne. La jouissance, pour la culture, de deux arpents de terre est confirmée dans le contrat de mariage du frère de Marie, Jean, marié à Élisabeth Couillard le 25 novembre 1645 (Tronquet).

" …….. Et outre, led Guyon et sa femme donnent aux futurs espoux la jouissance de deux arpents de terre en labour seiz au dict Beauport faisant le reste d'une pièce de terre de laquelle François Bellenger a eu deux arpens à cause du mariage entre luy et Marie Guyon fille du dict Guyon et sa femme….. ".

Il est très probable que François et Marie, âgée de 13 ans lors de son mariage, habitèrent de 1637 à 1640 dans la maison des Guyon. Le fait que Charles, leur premier-né, soit ondoyé par son grand-père Jean lors de sa naissance en août 1640 indique que le couple habitait la seigneurie de Beauport.Une autre preuve possible de la présence de François à Beauport est qu'il est parrain, le 2 septembre 1637, d'Anne Langlois, fille de Noël Langlois. D'autres historiens affirment qu'il est plausible que le couple soit demeuré aussi un an ou deux dans la ville de Québec. Ceci se fonde sur le fait que François serait venu au Canada comme commis de la Cie des Cent Associés (Marielle Laroche-Montpetit, Les Sevestre et la Nouvelle-France, collection Civilisation du Québec, p. 80)

François Bellenger et Marie Guyon ont aussi possédé une autre propriété au fief Du Buisson, distincte de celle qu'elle reçut en cadeau de noces. Lors du règlement final et à l'amiable de la succession de Jean Guyon le 19 octobre 1668 devant Maître Vachon, ils firent l'acquisition également d'une autre portion de terre mesurant six et demie à sept perches de front sur le fleuve par la profondeur du fief. À Jean, l'aîné des garçons qui avait contesté plusieurs fois le testament de son père en raison de son droit d'aînesse lésé, fut octroyé, sans tirage au sort, "la portion numéro un qui joignait les terres du bourg de Fargy ainsi qu'un arpent et demi de terre, sur lequel étaient situés la maison, les bâtiments, la basse-cour et le jardin ". (Henri Dion, Les ancêtres des Dion d'Amérique, 1991, p. 138). Les sept autres portions, tirées au sort par une "petite fille âgée de six ans environ" furent attribuées, d'ouest en est, dans l'ordre suivant à Michel, Denis, Simon, Marie (François Bellenger), François, Claude et Barbe (Pierre Paradis).

Ultérieurement, à une date inconnue et sans doute à la suite d'un achat ou d'une donation par ses parents, cette portion de terre reçue en héritage fut remise à Charles Bélanger, l'aîné des enfants de François, qui la revendit le 21 mars 1684 à François Guyon par-devant Maître Rageot. Mais le 23 juin 1669, cette terre est encore au nom de François Bellenger. Elle borne celle de Simon Guion (Duquet). Le cadet des enfants de Jean Guyon et de Mathurine Robin devenait progressivement propriétaire des parts des autres co-héritiers de telle sorte qu'en 1696, il possédait les 7/8 du fief Du Buisson qui lors de la concession par Giffard en 1637 mesurait 693 arpents.

En conclusion, nous pouvons donc affirmer que François Bellenger et Marie Guyon ont eu un pied-à-terre au fief Du Buisson pendant de nombreuses années. Pour des raisons inconnues, peut-être en raison du mécontentement des censitaires et des mauvaises relations entre Giffard et la famille Guyon, ils déménagèrent dans la seigneurie voisine de Beaupré créée en 1636
par les huit associés de la Cie de Beaupré.

Image: Emplacement du fief du Buisson où François Bellenger et Marie Guion habitèrent de 1637 à 1640