1641-1679
Seigneurie de Beaupré: Chateau-Richer (suite 2)
Texte de Raymond Bélanger

Les bâtiments construits sur cette terre à partager entre dix co-héritiers en 1698 et qui, selon le contrat de succession, "consistent en une vieille maison, grange et estable qui menacent de tomber en ruines " avaient sans doute été mieux entretenus du vivant de François. Cette maison avait sans doute eu ses heures de gloire lors de la signature des contrats de mariage des filles de François qui, selon la coutume, se faisait à la maison de la future mariée. À lire les contrats de Marie-Madeleine, de Françoise-Charlotte, de Marguerite, de Louise et de Geneviève, nous pouvons déduire que cette maison construite par François était spacieuse et qu'elle reçut des gens de différentes classes sociales qui témoignent de son réseau de relations humaines.

En 1656, lors du mariage de Marie-Madeleine avec Bertrand Chesnaye de Lagarenne béni par le jésuite Barthélemy Vimont, dans la maison même de François, des témoins de haut prestige signent comme témoins, tels Charles Legardeur sieur de Tilly qui fut gouverneur de Trois-Rivières de 1648 à 1650 et aussi Olivier Letardif, procureur de la Compagnie de Beaupré et premier juge de la côte de Beaupré. Ce gendre de François avec qui il aura des démêlés judiciaires en 1674, à la suite de la mort de Marie-Madeleine, deviendra en 1664 Seigneur de Lothainville, fief qu'il va acquérir à la suite d'un décret du Conseil Souverain au prix de 2850 livres.

Au mariage de Françoise-Charlotte en 1665 avec Jean Langlois, pas moins de 31 personnes ont signé, toujours dans la maison même de François, le contrat de mariage. Parmi ces témoins, en plus des 31 signatures, se trouvaient de nombreux conjoints et également Paul Vachon, notaire et greffier et Claude Berermen de la Martinière, écuyer et juge.

Le mariage, sans doute le plus prestigieux, fut celui de Mathurine avec Jean Maheu en 1673 (Becquet). Ce document exceptionnel dont nous reproduisons les quelque 30 signatures témoigne d'une part des relations sociales diversifiées de François et de Marie Guyon et d'autre part de l'éducation des enfants. Le gouverneur Frontenac est présent à ce contrat de mariage ainsi que Jacques Chambly, seigneur de Chambly. Également Étienne Bouchard, maître chirurgien, y appose sa signature. Il semble qu'en ce début de colonie, sans doute en raison de la population restreinte et des nécessité vitales, les classes sociales se côtoient. Ce document est l'indice que les enfants de François et de Marie Guyon savent écrire et peut-être lire. En plus de la signature de François, nous y voyons celles Louise, de Mathurine, de Geneviève, de Jacque, Jean-François. Nous savions déjà, grâce au recensement de 1666, que Mathurine étudiait chez les Ursulines de Québec. Cette première génération des Bélanger, si nous en jugeons par la maîtrise de la calligraphie, semble avoir reçu une instruction élémentaire.

Cette terre nourrit pendant 40 ans les douze enfants de François. Il l'habita jusqu'en 1679 puisqu'en cette même année, soit les huit février et trente novembre, il signe trois contrats indiquant qu'il est habitant en la côte de Beaupré. Le premier est une obligation de Philippe Destroismaison de deux cents livres envers François qu'il a versé pour lui à Charles Aubert de la Chesnaye, marchand et bourgeois de Québec. En novembre, au contrat de mariage de sa fille Louise avec Jean Cloutier, il est dit demeurant en la côte de Beaupré. Le sept mai, par devant Aubert, il fait l'évaluation de la propriété de Toussaint Toupin située au sault à la Puce, à Château-Richer.

Le recensement de 1681 mentionne que François habite la seigneurie de Bonsecours où il décédera entre 1685-1687. Deux ans après le décès de son épouse en 1696 commencèrent les tractations pour la liquidation des biens.

Les parts des héritiers furent progressivement achetées par Charles, petit-fils de François et marié à Geneviève Gagnon le 18 février 1692. François ne semble pas avoir laissé de testament pour la terre de Château-Richer. Elle fut morcelée jusqu'en 1706 en portions divisibles et indépendantes. Il fallut la détermination de ce couple pour reconstituer, sur une période de 10 ans, la terre originale morcelée en potagers. La terre fut vendue à Michel Gariépy en 1815. Située aujourd'hui au coin de la rue Rhéaume à Château-Richer, non loin de la rivière Verreau, elle porte le no civique 7584 Chemin Royal et lotissée sous les numéros 326,331,332. Nous pouvons visiter l'ancienne terre à l'arrière par le chemin des Hirondelles ou la montée des Chênes.