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1641-1679
SEIGNEURIE DE BEAUPRE : CHÂTEAU-RICHER
Le Colon et le Défricheur
Texte de Raymond Bélanger
Église de Châtesu-Richer par T. Davies en 1788.
Cette terre en censive qui nourrit pendant près de 40 ans la première
génération des Bélanger fut celle de Château-Richer, lot 58, concédée
par Olivier Le Tardif, procureur de la Cie de Beaupré, le 2 juin 1650.
Ce titre, perdu, est confirmé indirectement par plusieurs sources fiables
et crédibles. Dès 1641, la carte de la côte de Beaupré par Jehan Bourdon,
arpenteur royal, fait mention de cette concession à François Bellenger.
Également, un acte notarié du huit septembre 1648 dans lequel François
s'engage à rembourser Pierre Legardeur de Repentigny pour l'achat et la
livraison de deux poinçons de blé mentionne qu'il habite à la rivière
Saint-François qui coule près de sa terre. (Lecoustre). Celle-ci, octroyée
verbalement autour de 1640, est aussi mentionnée dans le censier commandé
en 1680 par Mgr de Laval devenu alors propriétaire de la seigneurie de
Beaupré (Becquet).
Le titre de 1650 d'Olivier Le Tardif existait encore en
1746 puisqu'il est noté dans l'inventaire des biens de Charles Bélanger et
de Geneviève Gagnon en date du six avril de cette année. Ce Charles, né en
1668, était le petit-fils de François et de Marie Guyon. Riche
propriétaire de la côte de Beaupré, il devint, à la suite de l'achat des
parts des cohéritiers de son père, propriétaire de ce lot 58 lors du
règlement de la succession de 1698. (Dulaurent). Ultérieurement, s'ajouta
à ce lot l'achat des terres 50, 53, 54, 55 de telle sorte qu'il possédait,
de son vivant, en bordure du fleuve, un total de 16 arpents sur une lieue
et demie de profondeur
Cette terre de François de 6 arpents et
huit perches (1283 pieds) par une
lieue et demie de profondeur (23 760 pieds) fut augmentée le 24 octobre
1674 par Mgr de Laval d'une perche et cinq pieds moyennant une rente
annuelle de cinq sols. En 1698, lors du règlement de la succession,
elle mesurait toujours "six arpents, neuf perches et cinq pieds de
largeur sur une lieue et demye de profondeur, laquelle a esté mesurée et
arpentée par le sieur Jean Le Rouge arpenteur en ce pays suivant son procès
verbal de ce jour… " (Jacob, 22 avril 1698).
Bornée par celles de Zacharie Cloutier le jeune et l'abri Cloutier sur la
carte de Bourdon et plus tard par celles de Simon Guyon et Macé Gravel,
elle fut défrichée au moyen de techniques rudimentaires qui nécessitaient
de la part de François du courage et de la ténacité. De maçon à son arrivé,
il devait vite troquer la truelle pour la bêche, la houe. Selon les
Relations des Jésuites, un homme pouvait déserter un arpent et demi par
année.
À l'aide de bœufs, il dessoucha en vue d'ensemencer sa terre pour
nourrir sa famille et remplir ses obligations envers la Cie de Beaupré qui
exigeait avant de donner les titres officiels que des bâtisses soient
construites et qu'un certain nombre d'arpents soit en valeur. À ces
difficultés techniques de développement s'ajoutait la menace constante des
Iroquois. Il fallait surveiller pendant le travail des champs, fusil à l'épaule,
les Iroquois et les Agniers qui " viennent en renards, attaquent en lions,
fuient en oiseaux " (Relations des Jésuites).
Plus tard, à partir de 1665,
les premiers colons utiliseront le cheval. Le premier, arrivé en 1647 et
destiné au gouverneur Montmagny, creva en mettant les pieds sur le sol
canadien. Il fallut attendre le 16 juillet 1665 pour utiliser les chevaux.
Sur 20 ayant fait la traversée, 12 sont arrivés vivants. En 1679, la
colonie comptera 145 chevaux et en 1692, 400.
Malgré des techniques rudimentaires et peu efficaces, François, seul ou en
association avec Maçé Gravel comme nous le verrons bientôt, réussit à
rendre sa terre productive puisqu'au recensement de 1667, commandé par
Jean Talon, 50 arpents sont en valeur et il possède 13 bestiaux. Son fils
aîné Charles, pour sa part, a six arpents en valeur. Il s'agit sans doute
du lot 50 de Château-Richer concédé par Charles Legardeur de Villiers le
19 décembre 1662, onze mois avant son mariage avec Barbe Cloutier le 21
novembre 1663 et sur laquelle François avait promis de bâtir maison et
dont quatre arpents sont prêts à recevoir la semence.
(16-10-1663, Auber).
Image du bas: Labour d'André Bélier 1929