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FRANÇOIS BELLENGER
Cet arbre, faible arbrisseau, transporté des bords de la vieille France sur les rives du Saint-Laurent, a jeté
de profondes racines dans le sol du Canada, souvent battu par les tempêtes et attaqué par la
hache du bucheron, il s'est redressé après chaque orage, ses plaies se sont guéries, sa tête s'est
couronnée d'un feuillage plus vert et plus vigoureux; aujourd'hui, dans toute sa force il promet
d'étendre encore longtemps son ombre tutélaire, en s'abreuvant à cette eau de sa jeunesse
pour mieux rayonner sa vigueur et sa constance.
Comme le dit si bien le poète: «....j'ai planté un arbre au bout de mon champs....témoin
de mon temps....» (G.Vigneault). Mais, au contraire du poète, François, a planté son arbre
à l'orée de son champs, sur une Île, c'est-à-dire dans le fleuve comme pour faire le lien entre
ses premières propriétés du côté nord du fleuve et celle du sud qui lui a donné son lieu de repos.
L'arbre, tout en étant le symbole de la force, est aussi celui de l'espoir, sa sève généreuse
a donné son fruit qui est devenu nourriture, pensons à motre érable canadien.
C'est aussi le symbole de la constance, de la patience, de la pérennité, qui sait braver les
mauvais coups du sort, tout en laissant à l'occupant la liberté de l'utiliser pour ses besoins
essentiels, construction, habitation, chauffage.
Planter un arbre n'est pas un geste sans valeur, il témoigne de la confiance en l'avenir et
signifie la prise de possession d'un lieu donné, en ce sens il devient le témoin pour les
générations à venir; il est un peu le phare qui indique la route. L'arbre devient aussi
lampe pouvant recevoir le drapeau symbole, s'il en est un, de l'appartenance à une nation.
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Symbolisme généalogue - Bélanger
La richesse d'un symbole vient de sa capacité d'évoquer, simultanément ou successivement,
ses variables sémantiques et de les regrouper autour d'un sens plus général et plus primitif. Ainsi, les symboles de
l'arbre pour François et du poisson pour Nicolas remplissent avantageusement cette double
fonction d'unification de leur sens multiple.
D'une part, ils caractérisent en profondeur le vécu et la personnalité de chacun de ces deux pionniers.
D'autre part, ils sont comme un carrefour où tous les sens et tous les événements, éparpillés et dispersés,
prennent leur sens premier et leur unité.
Par suite, multiplier les symboles dans un blason engendre la
division de l'esprit et la dispersion du regard. La prolifération, la profusion et l'exubérance proviennent
avant tout de la polyvalence et de la polysémie du symbole et non de l'addition de symboles pour
exprimer chacun de ces évènements. Un seul symbole, comme les rayons d'une étoile émergent du noyau
et convergent aussi vers lui, voilà la richesse.
Ils sont le relief des activités économique,
politique, sociale dans lesquelles vivaient François et Nicolas. La tradition y voit aussi
un sens religieux et moral, deux valeurs auxquelles ils adhéraient. De plus, l'arbre,
lors de la prise de possession d'une seigneurie, a aussi une dimension seigneuriale.
Enfin, l'arbre et le poisson ont aussi une valeur généalogique.
Tous les autres sens, comme nous le verrons, gravitent autour de cet axe
central unificateur. La généalogie, dans son sens premier et étymologique, reconfigure
tous les sens possibles de l'arbre et du poisson.
L'arbre et le poisson, au tout début de la colonie, sont des symboles de l'activité économique.
François fut un défricheur. Tout comme Nicolas, il arrive dans une forêt qui, en plus d'être une
ressource naturelle, servira de support à sa subsistance et à celle de sa famille. Déboiser,
dessoucher, déserter pour que la terre produise suffisamment de blé, il le répéta dans les
seigneuries de Beauport (1634-1640), de Beaupré (1641-1677), de Bonsecours (1677-1685-87).
La pêche fut, à ses débuts, l'occupation principale de Nicolas en Nouvelle-France. Le commerce
du poisson pêché à Terre-Neuve, en Gaspésie et dans le fleuve Saint-Laurent marqua l'économie des
pionniers.
L'arbre, tout comme le poisson, est aussi un symbole politique et social. Lors de nouvelles
nominations politiques, la pratique est de planter un nouvel arbre, symbole de l'avenir. Je pense
ici aux différents rôles administratifs et publics occupés par François. Il fut marguiller à
Château-Richer, capitaine de milice et seigneur par deux fois. La plantation du mai devant
le manoir seigneurial a une dimension politique et sociale. Les colons et les villageois rendaient
ainsi non seulement hommage au seigneur, mais c'était, socialement, une manifestation de cohésion,
de discussion, de contestation et de réjouissance pour toute la communauté.
Les pêcheries de la Nouvelle-France sont au coeur des décisions et des conflits politiques
en ce temps des pionniers. Nicolas, pour avoir pêché à Lauzon, ailleurs que devant sa terre
comme le prescrivait son contrat de concession, sera traduit devant le Conseil Souverain.
Ajoutons qu'en France, les marchands de Rouen, de Larochelle, de Saint-Malo et les Cents Associés
revendiquaient auprès de leur propre parlement leur droit de pêche en Nouvelle-France. Le
poisson en ce temps des origines, devenait le symbole du commerce et du politique.
Le symbolisme religieux de l'arbre est bien connu en Occident. L'arbre de la croix nous rappelle
le temps de l'angoisse, de l'incertitude, de l'inconnu, de la souffrance et de la mort. François,
de confession chrétienne, participe à ce temps de la solitude et des lendemains incertains.
Rappelons également que le poisson (ichtus) fut pour les premiers chrétiens le symbole de la mort
et de la résurrection du Christ. À ce signe, ils se reconnaissaient et partageaint les valeurs
de charité, d'espérance et de foi.
Ces deux symboles de l'arbre et du poisson ont aussi une valeur
morale. L'arbre, tout comnme
le poisson, c'est la force, le courage, l'esprit compétitif et le désir de vivre. Les racines
et le poisson cherchent toujours, désespéremment, leur nourriture.
Enfin, ajoutons que l'arbre est aussi l'arbre généalogique, symbole de la pérennité et de l'éternité dans
un temps fini et linéaire. La succession des générations se greffent sur un tronc commun.
Le poisson, comme tout vivant, se régénère et ainsi se perpétue indéfiniment.
En conclusion, ces deux symboles ont avant tout une valeur généalogique, l'axe autour duquel
les autres sens et les activités particulières prennent leur signification profonde. La généalogie
est certes l'art de retourner à ses origines, mais c'est avant tout l'expression du devenir
des générations qui se succèdent. Le passé, le présent et le futur ne sont que régénération et devenir.
Il en est de même pour l'économique, la politique, le social, la religion et la morale.
Tout n'est que devenir et régénération. Même nos gènes et nos chromosomes hérités de nos ancêtres
deviennent, sous l'effet de nombreux croisements et combinaisons au cours des siècles,
des copies renouvelées et en perpétuel devenir. Finalement, seul demeure le nom de BÉLANGER.
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NICOLAS BELLANGER
Ce bleu azur de l'écu c'est aussi un rappel de la mer, car son métier de marin a fait qu'il a bravé
vents et marées. Nous savons que peu après son arrivée en Canada, il s'est rendu à Gaspé pour
y faire la pêche et le commerce du poisson et des fourrures.
Le symbolisme de la truite fait aussi appel à ses voyages.
Ce fut aussi un homme de terrain. Le chevron d'or peut signifier aussi qu'il savait allier
effort et courage, ce qu'il a su démontrer par sa vaillance. Ne craignant ni la sueur de son
front, ni la douleur dans ses bras, rapidement il s'est attaqué avec les instruments du bord
à ce sol ingrat. Les arpents à défricher furent vite devenus produits et les épis blonds
de blé ont surgi et ont produit le froment pour le pain quotidien.
Le Seigneur Robert Giffard, à su reconnaître sa valeur en lui accordant rapidement espaces; il avait
perçu en lui des qualités essentielles à ceux qui sont les bâtisseurs de nation. Soyons fiers
de ces devanciers; ils ont tracé le sillon... à nous de prendre la relève.
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| Léonard Bélanger, s.j. | Raymond Bélanger |
| Description d'une prise de possession d'une seigneurie
" ..dans l'acte de prise de possession de la seigneurie de la Citère en face de Montréal,
propriété de François Lauzon, il est raconté comment de Montmagny et Guillaume Hébert
se sont transportés à l'embouchure d'une rivière proche du lac Champlain, à laquelle
ils donnent le nom de rivière de Saint-François. On dépose une pierre avec quatre plaques
de plomb au pied d'un cycomore - et suivant le désir de François de Lauzon, on appelle
cette seigneurie de la Citière. Les formalités ordinaires suivies dans ces prises de possession
sont celles-ci. On se transporte vers le centre de la seigneurie. Le notaire lit l'acte de
concession en présence de témoins - L'ingénieur délimite les bornes - On met le seigneur
en possession en enfouissant une grosse pierre au pied d'un arbre, presque toujours un cycomore
- sur lequel l'ingénieur grave une croix pour servir de marque témoin."
ROY, Pierre Georges, Histoire du notariat,
t.I, La Revue du Notariat, Lévis, 1899. 389p, (pahe 33) |
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