des Hautes-Laurentides


L'Art de laisser des traces...Le développement durable, ce n'est pas seulement pour la forêt ! Il est aussi important de laisser des traces par l'histoire que par des coups de pinceaux !
Autres croyance Anishinàbeg
par Luc Coursol
Le Grand Lièvre
En mythologie anishinàbeg, la rencontre de l'eau et du roc est un signe de la présence du Grand Lièvre, un esprit du bien doté d'importants pouvoirs terrestres et aquatiques. Sa force occulte et mystérieuse était partout sur la rivière qui porte son nom avant la construction des dix barrages qui la jalonnent. A son embouchure même, l'ancienne Lièvre, la wàbòz sibi des Hommes Rouges, tombait de 65 mètres dans une impressionnante cascade de rapides et de chutes longues de cinq kilomètres. Cette spectaculaire section où l'eau et les rochers s'affrontaient en permanence était évidemment habitée par l'Homme-Lièvre. Son esprit se manifestait également à plusieurs endroits en amont, à High Falls, aux rapides des Pins, des Cèdres 1, Wabassee, de l'Orignal, des Cèdres 2.
Vêtus de peaux de lièvres et les mains placées au-dessus de la tête telles de longues oreilles, les sorciers anishinàbeg exécutaient la danse du Grand Lièvre en imitant les sauts de l'animal, au grand plaisir des enfants. Ils avaient aussi coutume de le dessiner à l'ocre rouge sur les parois rocheuses chutant dans l'eau. Ces endroits étaient ensuite vénérés en évitant de toucher la paroi pour ne pas attirer le mauvais sort. Ces dessins sont malheureusement disparus de la Lièvre. La pierre s'est effritée sous l'action des gels et dégels alors que l'ocre, mélangée à la graisse d'ours ou l'huile de doré, a été délavée par l'action des embruns et le jeu du niveau de l'eau depuis l'érection des barrages.
Apte à se déplacer très rapidement sur de grandes distances, l'Homme-Lièvre s'est vu immortalisé alors qu'il a réalisé la seconde création du Monde. La première création, œuvre de Manitou, allait être détruite par un déluge provoqué par son frère rival Machi-manitou lorsque le Grand Lièvre rassembla rapidement tous les animaux dans son canot pour les sauver de la noyade. Avec un grain de sable rapporté du fond de l'eau par un rat musqué,il parvint ensuite à recréer le Monde. Pour l'en remercier, Manitou lui ajouta des pouvoirs aériens à ceux qu'il possédait déjà. Depuis, les plus croyants ou les moins septiques… arrivent parfois à le voir passer rapidement dans le ciel, aux levées et aux couchers du Soleil…
Windigo
Windigo est en quelques sorte l'ancêtre de notre Loup-Garou, de notre Croque-mitaine ou de notre Bonhomme Sept Heures… Réputé anthropophage, ce monstre apeurait les enfants
anishinàbeg trop rebelles…
Située au sud-ouest de la Conception, la municipalité de Vendée a porté le nom de Windigo jusqu'en 1920. Dans "Maria Chapdelaine", l'auteur, Louis Hémon décrit le Windigo comme "un géant qui défend que l'on chasse sur son territoire".
Les premiers Oblats montés en mission dans les chantiers forestiers de la Haute-Lièvre à compter de 1845 se firent raconter que la force occulte du Windigo hantait ruisseau, chute et une grande montagne à l'ouest de la Ferme-Neuve. Ils crurent à la présence du démon et parleront désormais de la Montagne du Diable. Même si ce mont portera plus tard le nom de Sir Wilfrid Laurier, premier canadien-français à devenir premier ministre du Canada entre 1896 et 1911, la tradition orale de la Haute-Lièvre conservera le nom de montagne du Diable en rappel de la présence du mystérieux Windigo des Hommes Rouges.
Le Rapide de l'Orignal
La légende du rapide situé au cœur de la ville de Mont-Laurier rappelle la façon de chasser des premiers Anishinàbeg qui remontèrent le cours de la rivière du Lièvre il y a plusieurs siècles.
Fins observateurs de la nature comme le sage Wisakedjàk leur avait appris, ils se tenaient aux aguets près des rapides où viennent boire les bêtes lorsque les autres étendues d'eau sont gelées en hiver. L'orignal de la légende aurait réussi à échapper aux chasseurs anishinàbeg qui tentaient de l'épuiser dans la neige, en sautant, d'un seul bond, d'une berge à l'autre au-dessus du rapide. Ce saut spectaculaire devint légende chez les Hommes Rouges qui la transmirent aux Blancs qui leur succédèrent sur la rivière du Lièvre.
Le cercle sacré de Kitigan Sibi
Appelée Kitigan Sibi par les Anishinàbeg, la rivière Désert à Maniwaki est le site d'une danse sacrée depuis plusieurs siècles. A chaque printemps, alors que les familles s'y rassemblaient pour la pêche à l'esturgeon, les femmes anishinàbeg se réunissaient en secret pour danser longuement en formant un grand cercle dans la forêt. Elles s'exécutaient au son du tambour qui prenait son rythme sur les battements du cœur. Cette danse sacrée apportait unité et force à leur communauté. Lorsqu'il rencontra les Anishinàbeg venus du bassin de l'Outaouais à Tadoussac en 1604, Champain les baptisa A LLEGON KIN, ce qui signifie "les danseurs" en langue micmac.

