des Hautes-Laurentides


L'Art de laisser des traces...Le développement durable, ce n'est pas seulement pour la forêt ! Il est aussi important de laisser des traces par l'histoire que par des coups de pinceaux !
Croyance Anishinàbeg
par Luc Coursol
La mythologie des Anishinàbeg repose d'abord sur les rêves. Leurs croyances sont connues grâce aux légendes mais leur mythologie se retrouve aussi dans les dessins qui ornent leurs bandeaux, robes, mocassins ou wampums. Les femmes transmettent leur énergie à ces objets qu'elles décorent avec perles de coquillages et poils de porcs-épics.
Manitou
Le nom de Manitou est lié au mythe de la création du Monde que les Anishinàbeg partagent avec les Mohawks et les Cherokee. Seul, dans un espace sans fin et dans un silence total, Manitou, le créateur, fait un rêve où y apparaissent le Soleil, la Lune, les étoiles et la Terre où il distingue montagnes, forêts, lacs et rivières. Il y voit des animaux qui volent, marchent, rampent et nagent, des arbres vivant longuement et des fleurs ne vivant qu'une saison. Son rêve prend fin alors qu'il goûte la pluie et sent le vent.
A son réveil, Manitou entreprend de créer ce qu'il a vu en rêve.
Il donne d'abord vie à la Terre, à l'eau, au feu et au vent qui l'aideront à façonner tous les animaux. Il confie ensuite les points cardinaux à quatre groupes d'esprits : ceux de l'Ouest lui apportent la terre noire pour créer la race noire ; avec des bouleaux jaunes offerts par ceux de l'Est, il fait naître la race jaune ; de l'écume de mer venue des esprits du Nord, il crée la race blanche ; avec la terre rouge présentée par ceux du Sud, il donne vie à la race rouge qu'il place sur l'Amérique du Nord à laquelle il donne la forme d'une tortue géante nageant dans la mer.
Ce nom de Manitou a été donné à un camping sur la berge du lac François dans la municipalité de Lac-des-Écorces.
Wisakedjàk
Moitié esprit, moitié humain, le sage Wisakedjàd a été envoyé par Manitou pour transmettre d'importantes connaissances aux Anishinàbeg. Il leur enseigne que Manitou est partout et qu'ils peuvent communiquer avec lui ou avec les esprits des points cardinaux par la cérémonie du tabac qui maintient l'équilibre entre le monde réel et le monde spirituel. Il leur apprend à respecter l'eau qui est le sang de tout ce qui vit. Il leur montre à lire les phases de la Lune pour mieux comprendre animaux et plantes qui les nourriront et les soigneront. Il leur enseigne que les humains, les animaux et les plantes sont égaux et qu'aucun ne doit en dominer un autre.
Il leur apprend à respecter les animaux chassés qui nourrissent leur famille ; ils accrocheront le crâne de l'animal à un arbre en signe de respect.
Makwa, l'ours, un animal sacré
Tristement affamés lors du premier hiver après la création du Monde, les Anishinàbeg sont sauvés de la mort par un ours qu'ils attrapent dans sa cache sous la neige. Dépouillé de sa peau, le corps de l'animal suspendu leur apparaît étrangement semblable à celui d'un humain. Dès lors, ils considéreront l'ours comme un frère qu'il faut respecter. Le crâne de l'animal abattu est accroché à un arbre afin qu'un ourson vienne habiter son esprit. En signe de respect pour ce premier animal qui s'est donné à eux, ils ne le chasseront désormais qu'au moment de grandes famines hivernales. Le lac des Ours dans la municipalité de Notre-Dame-de-Pontmain rappelle ce respect des Hommes Rouges pour Makwa.
Wigwassatek, le bouleau, un arbre sacré
A l'ombre des grands pins, le bouleau est le premier bois franc à pousser dans le sol granitique du plateau Laurentien. Manitou lui a donné une écorce aux propriétés très particulières que Wisakedjàd a fait connaître aux Anishinàbeg. Imperméable à l'eau, l'écorce permet des abris qui protègent des vents froids et des fortes pluies. Imputrescible, même sur un arbre mort, elle permet de façonner des contenants de diverses tailles pour la nourriture et de fabriquer des canots légers qui peuvent être réparés partout grâce aux rouleaux d'écorces, à la gomme et aux racines d'épinettes que ces chasseurs nomades apportent toujours avec eux. Bouillie, l'écorce de l'arbre sacré donne une eau qui réduit les inflammations en raison de l'acide bétuline qu'elle contient.
Le lac aux Bouleaux à Saint-Aimé-de-Lac-des-Îles et le lac des Écorces sur la rivière Kiamika nous rappellent cette croyance millénaire.

