La Société historique de la région de Mont-Laurier
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  L'Art de laisser des traces...

Le développement durable, ce n'est pas seulement pour la forêt ! Il est aussi important de laisser des traces par l'histoire que par des coups de pinceaux !

Denise Florant-Dufresne

Capsules historiques


Les premiers forestiers de la Lièvre
par Luc Coursol

Désireux de profiter de la forte demande en pins venue de la Grande-Bretagne alors aux prises avec le blocus napoléonien, un premier entrepreneur amorce une coupe de bois carré sur la Lièvre à l'automne 1824. Employé de la scierie de Justus Smith à Buckingham jusque-là, Baxter Bowman dirige la première équipe de bûcherons sur la rivière. Deux ans plus tard, le marchand-général et maître-poste Lévi Bigelow de la même localité, initie une entreprise semblable. Ce nouveau commerce est lucratif mais exigeant. Le pin recherché sert à la construction navale et les britanniques n'acceptent que des plançons très droits sans nœuds, crevasses ou moisissures.

Malgré l'absence de règles gouvernementales au départ, les deux entrepreneurs s'entendent bien et se tailleront de véritables empires forestiers jusqu'aux fourches de la Lièvre. La rivière est conjointement utilisée pour descendre le bois et la coupe se fait alternativement sur une rive et sur l'autre à chaque année pendant le quart de siècle qui suit. Les chantiers et les fermes en forêt de l'un servent à l'autre l'année suivante. Entre 1832 et 1837, Baxter Bowman confie au colosse Jos Montferrand l'ouverture de la ferme d'approvisionnement du Wabassee à l'embouchure du ruisseau des Îles et celles de la grande ferme Rouge à l'embouchure de la rivière Kiamika. Les premiers défrichements de la ferme Neuve au pied de l'imposante montagne du Windigo datent également de cette époque.

L'automne venu, une véritable armée de forestiers avec haches et godendarts, monte sur la Lièvre : bûcherons, piqueurs, «claireurs», grandes-haches, charretiers, draveurs, «cageux», cuisiniers et manœuvres de toutes sortes. Abattus et équarris en forêt, les grands pins sont descendus par le chemin des eaux au printemps suivant. Les pièces de bois sont assemblées en cages, plates-formes flottant sur la rivière. Suivant le courant, chaque cage descend vers l'Outaouais; les pièces sont détachées et à nouveau assemblées pour franchir un rapide trop puissant comme celui de l'Orignal. A High Falls, l'impressionnante chute de 60 mètres nécessitera la construction d'une longue glissoire de 130 mètres sur la rive droite pour éviter que les pins équarris s'y brisent. Après une dernière descente de rapides à Buckingham, les cages sont reliées les unes aux autres sur l'Outaouais. Elles forment un véritable train flottant qui descend la Grande rivière, la rivière des Prairies et le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Québec. Embarqué sur des navires anglais à l'Anse-aux-Foulons, le bois atteint ultimement les chantiers maritimes de Liverpool en Grande-Bretagne. Les plus beaux pins blancs du bassin de la Lièvre entrent ainsi dans la construction des navires marchands et militaires britanniques qui sillonnent toutes les mers du monde.

Ce commerce périclitera fortement toutefois à compter de 1850 avec l'avènement des bateaux en acier. Bowman et Bigelow, les deux premiers entrepreneurs forestiers sur la rivière céderont alors le pas à un nouveau groupe, Maclaren et Ross, qui réorientera les bois résineux de la Lièvre vers la construction domiciliaire à Montréal, Boston et New-York.







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   Deux forestiers appelés Grandes-Haches
procédant à l'équarissage
d'un grand pin en Haute-Lièvre.


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      L'imposante chute de High Falls sur la Lièvre
    et la glissoire en bois longue de 130 mètres
pour éviter que le bois carré se brise au
pied de la chute.