La Société historique de la région de Mont-Laurier
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  L'Art de laisser des traces...

Le développement durable, ce n'est pas seulement pour la forêt ! Il est aussi important de laisser des traces par l'histoire que par des coups de pinceaux !

Denise Florant-Dufresne

Capsules historiques


La rivière du Grand-Lièvre
par Luc Coursol

Associé à la rivière du même nom, le légendaire homme-lièvre nous vient des Anishinàbeg, ces premiers hommes rouges qui sillonnèrent le Wàbòz sibi après la fonte du glacier laurentien il y a plus de 6000 ans. Axée sur les rêves et essentiellement orale, leur mythologie fait constamment référence aux esprits des quatre points cardinaux et aux forces de la terre, de l'eau, du vent et du feu.

Pour ces chasseurs nomades, les rencontres de l'eau avec le roc sont des signes de la présence du Grand-Lièvre, un esprit doté d'importants pouvoirs terrestres et aquatiques. Vêtus de peaux de lièvres et les mains placées au-dessus de la tête comme de longues oreilles, les sorciers anishinàbeg exécutaient la danse de l'homme-lièvre en imitant les sauts de l'animal, au grand plaisir des enfants. Ils avaient aussi coutume de le dessiner à l'ocre rouge sur les parois rocheuses chutant dans l'eau. Ces endroits étaient ensuite vénérés en évitant de toucher la paroi pour ne pas attirer le mauvais sort. Ces dessins, plus visibles en les arrosant, sont malheureusement disparus de la rivière du Lièvre. La pierre s'est effritée sous l'action des gels et dégels, alors que l'ocre mélangée à la graisse d'ours ou à l'huile de doré, a été délavée par l'action des embruns et le jeu du niveau de l'eau depuis l'érection des dix barrages qui jalonnent le cours d'eau.

À l'ancienne époque, bien avant ces harnachements qui entravent la liberté de la Wàbòz sibi, les sites sacrés étaient nombreux sur la rivière. À son embouchure même, la Lièvre tombait de soixante-cinq mètres dans une impressionnante cascade de rapides et de chutes, longue de cinq kilomètres. Cette spectaculaire section, où l'eau et les rochers s'affrontaient en permanence, est aujourd'hui disparue dans un long tunnel de huit mètres et demi de diamètre qui achemine l'eau de Buckingham à Masson. L'esprit du Grand-Lièvre se manifestait également à plusieurs endroits en amont, principalement à la grande chute de cinquante-cinq mètres de High Falls, aux rapides des Pins, des Cèdres (1), Wabassee, de l'Orignal et des Cèdres (2). Pour Champlain qui explora l'Outaouais en 1613, ces rapides s'avéraient des protections pour les hommes rouges :

" … nous passames proche d'une autre rivière qui vient du Nord… laquelle n'est pas large mais remplie d'un nombre infini de sauts qui sont fort difficiles à passer; et… ces peuples passent par cette rivière pour éviter les rencontres de leurs ennemis, sachant qu'ils ne les recherchent en lieux de si difficile accès. "

Esprit du bien, apte à se déplacer très rapidement sur de longues distances, l'homme-lièvre de la Wàbòz sibi s'est vu immortalisé lorsqu'il a réalisé la seconde création du monde. La première création, œuvre du Grand Manitou, allait être détruite par un déluge provoqué par son rival Machimanitou lorsque le Grand-Lièvre rassembla rapidement tous les animaux dans son canot pour les sauver. Avec un grain de sable rapporté du fond de l'eau par un rat musqué, il parvint à recréer le monde. Pour l'en remercier, Manitou ajouta des pouvoirs aériens aux pouvoirs terrestres et aquatiques qu'il possédait déjà. Depuis, les plus croyants et les moins sceptiques… arrivent parfois à le voir passer dans le ciel, aux levées et aux couchers de soleil…







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Dessins Anishinàbeg du Grand-Lièvre:
les deux premiers se trouvent
sur une paroi rocheuse chutant dans le lac Simon