
Pointes de flèches en pierre,
retrouvées au Wabassee,
le pays des Anishinàbeg-Weskarinis


L'Art de laisser des traces...Le développement durable, ce n'est pas seulement pour la forêt ! Il est aussi important de laisser des traces par l'histoire que par des coups de pinceaux !
Depuis plus de 6 000 ans, les Anishinàbeg parcourent la forêt boréale au nord de l'Outaouais durant l'hiver. Ces chasseurs nomades y attrapent les jeunes orignaux et les jeunes chevreuils en
les épuisant dans la neige. Ils en tirent nourriture, vêtements et outils. Fins observateurs de la nature, ils se tiennent aux aguets près des rapides où le gibier vient boire en hiver; la légende du rapide de l'Orignal remonte à cette lointaine époque.
En expédition sur l'Outaouais en 1613, Champlain y identifie 10 sous-nations anishinàbeg qu'il surnomme Algoumequins (Ceux qui dansent). Associée aux rivières Rouge, du Lièvre et Gatineau, la sous-nation du Chevreuil (les Weskarinis) entre alors dans les livres d'histoire. A la demande des Européens, ces derniers augmentent sensiblement leurs prises de castors; par la Lièvre (la Wàbòz sibi), les fourrures sont acheminées au
poste de traite de Oka et à celui de Notre-Dame-du-Laus plus tard. Ces postes offrent fusils, pièges, filets de pêche, chaudrons et farine pour la longue saison de trappe hivernale. La Lièvre de l'époque est divisée en 20 territoires de chasse, chacun confié par hérédité à une famille anishinàbe, Odjick, Twenish, Commanda, Shishib, Kaponichin, Pysanne, Jacko, Natawesi, Chabot, Brascoupe, Ottawa. Une famille comprend grands-parents, parents, enfants, fils mariés avec brus
et petits-enfants; si l'une des épouses est Mohawk, il faut ajouter père, frères et parfois oncles de celle-ci. Un convoi familial sur la Wàbòz sibi ou la Kiamika sibi compte entre trois et huit canots où prennent place jusqu'à 20 personnes avec provisions, chiens et traîneaux.
Longtemps regroupés avec les Mohawks et les Nipissings à Oka durant la saison estivale des mariages, les Anishinàbeg acceptent mal les efforts d'assimilation des Sulpiciens, les seigneurs du lac des Deux-Montagnes. Tour à tour, à compter du XIXe siècle, ils quittent définitivement l'endroit pour diverses rivières en Ontario. Ceux de la rivière du Lièvre, se regroupent au Wabassee, un lieu de rassemblement depuis des temps immémoriaux. Ceux de la Gatineau obtiennent, en 1851, que le gouvernement
leur réserve un territoire à l'embouchure de la rivière Désert où ils piègent l'esturgeon depuis plus de 5 siècles.
Sur la Wàbòz sibi, la montée des forestiers et des colons défricheurs vient bientôt perturber le mode de vie ancestrale des chasseurs du Wabassee. Quelques familles quittent pour l'Abibiti et la Haute-Mauricie. La majorité suivra Simon Odjick et son épouse mohawk Elisabeth Jacobs-Décontie qui rejoignent le territoire de Kitigan sibi sur la Gatineau, en 1870; quatre ans plus tard, Simon Odjick est élu chef de cette communauté comme son père Basil l'était à Oka. Au cours des décennies suivantes jusqu'à nos jours,
les premiers occupants de la Wàbòz sibi marqueront la vie de leur nouvelle communauté; plusieurs chefs, Odjick, Chabot, Commanda, Brascoupe et Whiteduck sont de fiers descendants des Anishinàbeg de la rivière du Grand-Lièvre.

