La Société d'histoire et de généalogie
des Hautes-Laurentides
des Hautes-Laurentides
Capsules d'histoire
Par Luc CoursolCapsules d'histoire
Solime Alix dit Du Mesnil
Solime Alix, le premier colon de Mont-Laurier, est né à Saint-Césaire-de-Rouville le 5 mai 1856. Aîné des 14 enfants de Césarie Laliberté dit Roireau et du marchand Jérémie Alix, il devient commis-épicier à Montréal après ses études. Deux ans plus tard, il entre à l'emploi du marchand Georges Hudon de Waterloo dont il épouse la fille, Léonide, en 1879.
Alors que certains de ses frères et sœur partent s'établir en Nouvelle-Angleterre, il choisit plutôt " d'agrandir le pays " en Haute-Lièvre, une région chantée par le curé Labelle et le député Benoit de Chambly. En association avec François Savaria, son beau-père, et Adolphe Bail qui œuvrera avec lui durant la première décennie, il se fait concéder trois lots sur la rive droit du rapide de l'Orignal, d'un ruisseau à l'autre, avec l'intention " de cultiver la terre, faire la traite des fourrures, ouvrir un magasin-général, faire sciage et commerce du bois " Cette partie du canton Robertson comprend aujourd'hui les rue du Portage, Limoges, Alix, la polyvalente Saint-Joseph et le Centre collégial.
Après trois années d'abattis et de brûlis, il est rejoint par son épouse et leurs fillettes Blanche, Yvonne et Edmée dans le chantier qu'il occupe avec Bail au milieu du sentier du portage. La famille s'accroissant sans cesse, les deux hommes érigent une bonne maison sur le promontoire dominant la rivière en 1889. Solidement assise sur une fondation de pierre, la maison de pièces servira également de magasin-général pendant un temps. De Notre-Dame-du-Laus, le père Trinquier vient y célébrer les offices religieux. À compter de 1895, la cuisine d'été fait place au bureau de poste de la colonie; deux fois la semaine, Solime fait la navette en canot pour aller quérir le courrier à la Ferme-Rouge. Si la maison vit des jours heureux avec les naissances d'Ida, Ethel, Irène, Edith, Armand-Yves et Ruth, elle est aussi le théâtre d'un drame sans nom alors qu'Ethel, Armand-Yves, Ida et Yvonne sont tour à tour emportés par la diphtérie en mai 1898. Enfouissant leur immense chagrin au fond d'eux-mêmes, Solime et Léonide fabriquent de leurs mains les cercueils de leurs enfants qu'ils ensevelissent dans le jardin familial. La Haute-Lièvre est un beau pays façonné par le courage et les larmes.

Lecteur assidu des journaux montréalais, Solime Alix n'hésite pas à y faire paraître ses opinions sur la colonisation. Il y témoigne «de la difficulté des abattis avec une famille de filles», «des jeunes garçons qui doivent travailler la terre plutôt qu'aller à l'école», «de la promesse du chemin de fer qui l'a retenu de s'exiler aux Etats-Unis» et «de son projet de capter la force hydraulique du rapide devant sa maison.» Bien qu'il se présente comme cultivateur ou maître-poste, il nourrit longtemps des espoirs commerciaux et industriels. Durant l'hiver 1887-88, il construit un moulin avec scie debout dans la cascade du ruisseau qui jouxte son premier lot en aval; la petite scierie sera toutefois la proie des flammes peu après. Concédant des emplacements pour les premiers commerces et le pont-couvert en 1897, il voit peu à peu les sentiers traversant sa terre devenir des rues du village. Le projet d'harnacher la rivière coulant devant chez lui le hantera pendant un quart de siècle. Ce rêve explique le site qu'il a choisi d'occuper en 1885 et douze ans plus tard un rapport est venu renforcer son idée : l'ingénieur Honoré Matte de Saint-Jérôme lui certifie alors " qu'une digue, un bassin et une usine productrice d'électricité sont tout à fait réalisables sur la berge qu'il habite. " Il convaincra finalement Jean-Baptiste Reid de Sainte-Agathe-des-Monts de réaliser le projet à compter de 1911.
Le déplacement du presbytère-chapelle paroissial de la rive droite à la rive gauche de la rivière en 1896 constitue sa plus amère déception. En querelle avec lui, le curé Charles Poulx quitte alors précipitamment sa maison pour amorcer, avec succès, une campagne visant à faire changer la décision de l'évêque d'Ottawa qui vient d'approuver la requête des colons des deux rives qui demandent la construction de l'église sur la terre de Solime Alix où les offices ont toujours eu lieu. Jugeant la cabale injuste, le fier Solime réplique en obtenant la formation de la Municipalité de Robertson et Pope en espérant obtenir ainsi la construction d'un lieu de culte sur la rive de cette corporation municipale...
Fort de l'appui des familles de ces cantons-unis, il est choisi maire-fondateur de la municipalité en novembre 1897. Il demande aussitôt l'établissement d'une cour du magistrat et il attache son grelot au jeune député fédéral de Labelle Henri Bourassa qui réclame le prolongement du chemin de fer jusqu'en Haute-Lièvre. Sa vie politique s'anime à nouveau en 1913 alors qu'il devient cette fois le maire-fondateur du Village de Rapide-de-l'Orignal. Malgré l'éphémère durée de la petite municipalité, il s'avère actif et progressif avec l'aqueduc, la ligne téléphonique, le réseau électrique et l'illumination de la grand croix de la colline pour un accueil mémorable au premier évêque de Mont-Laurier en octobre 1913.
Solime Alix s'éteint le 16 février 1927, à 70 ans, suivi de son épouse deux ans plus tard. Après le décès d'Edith à 13 ans 1908, les autres filles de la famille ont uni leur destinées à des garçons du village : Blanche à Antonio Matte, Edmée à Augustin Juteau, Irène à Eugène Chartrand et Ruth à Adrien Thibault. Témoin privilégié de l'histoire de Mont-Laurier leur maison familiale sera habitée par la famille Jean-Baptiste Reid avant d'être classée bien culturel par le ministère des Affaires culturelles du Québec en 1984.
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