La Société d'histoire et de généalogie
des Hautes-Laurentides
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Capsules d'histoire
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Le chemin de la Lièvre en 1885
Aujourd'hui profondément transformée par la construction d'un long tunnel, d'une écluse, de dix barrages et de grands réservoirs, la rivière du Lièvre fut longtemps un important chemin pour l'occupation du territoire. Large, peu profonde, avec un cours plutôt lent mais entrecoupé de nombreux rapides, elle suit une vallée peu encaissée et relativement droite, coulant sur quatre cents kilomètre depuis ses sources en amont de la rivière Manaouan jusqu'à son embouchure dans l'Outaouais à Masson.
Après être venus explorer la Haute-Lièvre par le chemin Chapleau, les associés Solime Alix et Adolphe Bail entreprendront de venir s'établir au rapide de l'Orignal deux mois plus tard. Accompagnés d'Alphonse Hudon et Georges Bail qui les aideront dans les premiers défrichements, ils quittent Waterloo le 13 août 1885 pour gagner Montréal. Un train les conduit ensuite à Masson à l'embouchure de la Lièvre qu'ils remonteront jusqu'à leur destination, cent soixante kilomètres plus au nord.
L'étape conduisant à Buckingham se fait en diligence en raison de la longue cascade sur la rivière. Ce rapide de cinq kilomètres a donné son nom au cours d'eau : le Grand-Lièvre de la mythologie anishinàbeg est un esprit qui se manifeste là où l'eau et le roc se heurtent. La configuration de la Lièvre est particulièrement tourmentées à Buckingham : la Dufferin et la Upper Falls, qui chutent de vingt et un et sept mètres, constituent la tête de la cascade.
En amont de Upper Falls, en face de la grande scierie de James Maclaren, les voyageurs des cantons de l'Est s'embarquent sur un bateau à vapeur qui les mènera au pied de la cascade de High Falls. En service depuis deux ans, le navire met quatre heures à remonter le courant pour franchir cette distance de quarante-quatre kilomètres; à plusieurs endroits, le sifflet de la machine appelle les habitants riverains à prendre livraison d'une poche de fleur, d'un sac de sel, d'un poêle, d'une lettre ou d'un paquet. Le rapide John Poupore est le seule de l'étape : tout le monde descend sur la rive et tire le bateau à l'aide d'un câble pour l'aider à franchir l'obstacle. Après cet effort collectif d'une vingtaine de minutes, le navire retrouve l'eau calme avant de longer les rives argileuses de Notre-Dame-de-la-Salette et de terminer sa course à cinq kilomètres de High Falls au moment où la rivière s'agite à nouveau au milieu des rochers.
Les quatre hommes montent à présent dans un grand canot qui affrontera ce courant impétueux. Assis sans bouger au fond de l'embarcation, ils sont à la merci de quatre rameurs qui enfoncent leur aviron en cadence et de deux autres, debout aux extrémités, qui gardent l'œil rivé sur l'eau agitée et les vagues écumantes. À certains endroits, il faut descendre car il devient impossible d'avancer à l'aviron. Tout le monde tire le rabaska à l'aide d'une corde en sautant d'une roche à l'autre pendant que deux hommes le tiennent dans une épaisseur d'eau suffisante avec leur aviron. Ces efforts rapprochent lentement l'expédition de la grande chute que l'on entend gronder sourdement au loin. High Falls est l'endroit le plus spectaculaire de la rivière du Grand-Lièvre. À prime abord, la chute est difficile à voir en raison de l'immense nuage d'écume qui l'enveloppe. Pour atteindre le sommet, Alix et ses compagnons doivent grimper dans un sentier très abrupte en s'accrochant aux arbustes et aux rochers. C'est à mi-hauteur que la Wàbòz sibi dévoile toute sa majesté : au sommet, la rivière s'engouffre dans un étroit passage formant un immense mur d'eau qui tombe de cinquante-huit mètres entre les rochers. Pour ajouter à cette splendeur, la nature a embelli les berges de cèdres imposants et de pins gigantesques qui se tiennent telles des sentinelles protégeant l'endroit. Sur la rive droite, Baxter Bowman a fait ériger une longue glissoire de plus d'un kilomètre pour descendre son bois carré qui risquait de se fracasser sur les rochers au pied de la chute.
En haut de High Falls, un second bateau à vapeur navigue sur trente kilomètres, passant devant la chapelle de Val-des-Bois, le ruisseau Saint-Denis et l'embouchure de la rivière du Sourd avant de finir son parcours à la ferme des Pins qui ravitaille les chantiers des fils Bigelow et des frères Ross. Les quatre expéditionnaires empruntent ensuite une voiture à cheval pour atteindre Notre-Dame-du-Laus, le village du père Trinquier, à l'embouchure du ruisseau Serpent. Ils se procurent farine, lard salé, thé et un petit poêle en fonte au magasin de James McCabe avant de poursuivre leur route jusqu'à la tête du rapide des Cèdres. La dernière partie du voyage se fera en canot : Alix et son beau-frère Hudon dans le premier et les frères Bail dans le second.
En entrant dans le grand lac des Sables, les avionneurs se retrouvent au cœur du pays anishinàbeg où baies, lacs et ruisseaux sont autant de paradis pour la pêche et la trappe. Ils passent devant la grande maison de la famille Moncion qui fut longtemps un poste de traite de la compagnie de la Baie d'Hudson où étaient acheminées les fourrures de la Haute-Lièvre et de la Haute-Gatineau arrivant par le lac à Foin. À l'embouchure du lac du Camp, ils remarquent la petite chapelle de Notre-Dame-de-Pontmain où les quatre frères Grenier de Maskinongé sont établis depuis quarante ans. En aval de l'île Longue, ils découvrent la ferme Wabassee à l'embouchure du ruisseau des Îles, un lieu séculaire de rassemblements anishinàbeg. Après avoir portagé le gros rapide Wabassee avec l'aide de la famille Mackanabé qui vit tout près, ils arrivent à la ferme Rouge de Jos Montferrand à l'embouchure de la rivière Kiamika où vient aboutir le grand chemin Chapleau. Après s'être procuré haches, godendarts, lampes et huile au magasin de la grande ferme, ils franchissent les derniers quinze kilomètres pour atteindre le rapide de l'Orignal six jours après leur départ de Waterloo. Leur installation dans le sentier du portage de la rive droite marque la naissance de Mont-Laurier, le 19 août 1885.
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