La Société d'histoire et de généalogie
des Hautes-Laurentides
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Capsules d'histoire
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Le chemin Chapleau
L'enthousiasme du curé labelle pour les " bonnes terres " de la Haute-Lièvre amène l'agronome Pierre-Basile Benoit, député fédéral de Chambly, à venir y vérifier la qualité du sol au printemps 1883. Impressionné par les rendements agricoles de la Ferme Rouge à l'embouchure de la rivière Kiamika, il soumettra bientôt un mémoire au gouvernement où il se dit prêt à prendre la tête d'un mouvement de colonisation pour établir deux cent cinquante jeunes familles dans les cantons Kiamika, Bouthillier, Campbell et Robertson. À cette fin, il demande que 50 000 acres de terre y soient retirées de l'exploitation forestière pour leur être cédées. Après avoir convaincu cent trente chefs de famille de la vallée du Richelieu de former la Société de Colonisation de Montarville, il obtient que les sept premiers rangs du canton Kiamika leur soient réservés pour trois ans à compter du printemps 1884.
Après son premiers voyage en Haute-Lièvre à l'été 1882, le curé Labelle a utilisé des fonds de la Société de la Colonisation de Montréal pour mettre en service des bateaux à vapeur qui amènent des colons jusqu'à Notre-Dame-du-Laus par le chemin de la Lièvre. Pour atteindre la Ferme Rouge en amont, il faut utiliser le canot sur plus de quarante kilomètres et il devient difficile d'y acheminer bétail et instruments aratoires. La Société de Montarville demande donc qu'un chemin de colonisation traverse la forêt entre le Nominingue et la rivière du Lièvre. Venu bénir la prise de possession du canton Kiamika par les premiers arrivants du Richelieu en septembre 1884, le curé Labelle leur apprend que le gouvernement Mercier a voté les crédits nécessaires pour ouvrir le chemin demandé.
Depuis 1881, une petite route, le Petit Chapleau, quitte la Chute-aux-Iroquois sur la rivière Rouge pour se diriger vers le canton La Minerve où le premier ministre Adolphe Chapleau, député de Terrebonne, est à se faire construire un camp de pêche... La modeste route continue à l'ouest du lac Désert, traverse la forêt entre le lac Noir et le lac Blanc et se prolonge jusqu'au cœur du canton Loranger où le père Jésuite Marcel Martineau est établi avec ses deux frères depuis le printemps 1883. À partir de leur chantier entre le petit et le grand lac Nominingue, les hommes de Pierre-Casimir Bohémier de Sainte-Agathe-des-Monts entreprennent d'ouvrir le Grand Chapleau, un chemin qui traversera quarante-trois kilomètres de forêt pour atteindre la Ferme Rouge. Le tracé traverse d'abord le canton Montigny d'est en ouest en passant au nord des lacs Bruchési et Saint-Antoine avant de bifurquer au sud pour longer le lac Saint-François d'Assise et passer à la pointe sud des lacs Léon XIII et Pie IX. Après avoir contourné le lac des Zouaves par le nord, la route entre dans le canton Kiamika, passe au nord du lac Pimondan, se prolonge entre les lacs Faubert et Allet, traverse la rivière Kiamika pour atteindre finalement la Lièvre où un bac à câble donne accès à la Ferme Rouge.
Complété au printemps 1885, le Grand Chapleau demeurera longtemps un chemin à peine défriché qui suit des sentiers forestiers où il faut souvent s'arrêter pour couper arbres et branches qui l'entravent. Les montées rocailleuses y sont nombreuses, longues et raides. Le petit chantier forestier d'Onésime Grenier du Wabassee sera longtemps la seule habitation de tout le parcours; quelques chantiers abandonnés serviront de refuge aux voyageurs et aux chevaux lors de mauvais temps. La nuit, il vaut mieux s'arrêter et dormir à la belle étoile plutôt que s'égarer dans un mauvais sentier. Avec la tombée de la nuit, les loups débute leur concert... d'une seule voix plaintive au début... bientôt suivie des hurlements de toute la meute qui épouvantent chevaux et voyageurs. En été, la traversée se fait en compagnie d'une armée maringouins, de mouches noires et de taons. En hiver, le voyage est facilité par le passage des sleighs des bûcherons qui glacent la route; lors des tempêtes, il faut toutefois casser le chemin en foulant la neige au pied devant les chevaux ou les bœufs. Au printemps, la traversée s'avère impossible : il faut franchir des ruisseaux qui coulent à flots dans le chemin et, à dix kilomètres de la Kiamika, les chevaux s'enlisent dans une savane si boueuse qu'il faut parfois utiliser des perches pour les sortir de ce bourbier. Certains racontent que des chevaux y sont disparus, avalés par de gigantesques ventres de bœufs...
Malgré ces nombreuses difficultés, le chemin Chapleau deviendra la porte d'entrée pour atteindre les " bonnes terres " de la Lièvre. Prolongé sur la rive gauche de la rivière, depuis les ponts couverts jumeaux de la Ferme Rouge jusqu'au coeur du village de Rapide-de-l'Orignal, il contribuera grandement à l'essor de la colonisation jusqu'au-delà de la Ferme Neuve. Tournée vers l'Outaouais depuis toujours, la Haute-Lièvre des Anishinàbeg, des bûcherons du bois carré et des draveurs se développera désormais avec l'apport de ces défricheurs agricoles arrivant des Basses-Laurentides et de la plaine du Saint-Laurent.
L'importance du Grand Chapleau périclitera avec le chemin de fer en 1909 et la route nationale en 1926 qui, depuis Nominingue, prendront la direction de Mont-Laurier plutôt que celle de la Ferme Rouge.

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