PANNEAU 5 du Quai et Saint-Georges

LA RUE DU QUAI

La vocation commerciale de Saint-Jean tient à une ordonnance émise par le gouverneur Carleton en 1787, qui en fait officiellement le poste de douane et le port d'entrée du commerce entre le Canada et les États-Unis. Cette ordonnance fait suite à une proclamation de Londres, la même année, qui permet la libre importation des denrées agricoles et du bois américain par la voie du Richelieu et du lac Champlain; se crée donc un libre échange avec nos voisins qui viennent d'acquérir leur indépendance, quatre ans plus tôt.

Saint-Jean, par sa situation géographique à la tête du lac Champlain, sert dorénavant de pont entre Montréal et les grandes villes de l'Est américain. En plus d'être une ville frontière, Saint-Jean devient le terminus de la navigation intérieure sur le lac Champlain à cause des rapides de Saint-Jean et de Chambly.

Ainsi, les marchandises venant de New York sont acheminées sur la rivière Hudson, le lac Champlain et la rivière Richelieu; arrivées à Saint-Jean, on les décharge pour continuer par voie de terre jusqu'à La Prairie; et de là, un bateau les transporte jusqu'à Montréal.

En 1836, le chemin de fer ayant facilité le transport de marchandises et de voyageurs entre Saint-Jean et La Prairie, et en 1843, le canal de Chambly ayant ouvert la navigation sur le Richelieu jusqu'à Sorel, la Ville de Saint-Jean se trouve donc dans l'axe commercial entre la métropole du Canada et la métropole américaine, ce qui fait sa bonne fortune.

Dès 1803, des compagnies forestières telles celles des frères Marchand et de J.C. Pierce possèdent leur propre quai. En 1822, le port intérieur de Saint-Jean était le 4e en importance au Canada. Saint-Jean, à la tête de la voie navigable du Richelieu et du lac Champlain, connaît son apogée commercial vers 1853 et devient un lieu de transit international intense.

Le gouvernement américain aménage un consulat au 4, rue Front, près de Frontenac, qui emploiera un consul et un vice-consul; cette présence commerciale durera de 1865 à 1915. Le bureau de perception des douanes est aussi logé à cet endroit.

Pour l'exercice financier 1878-1879, on mentionne que 3282 bateaux ont accosté au port de Saint-Jean. J.E. Pinsonnault est le directeur du port à cette époque, M. Perchard est son assistant et les employés Bissonnette et Brossard sont commis d'abordage.

Également en 1879, le bureau de perception du canal de Chambly est logé au 94, rue Champlain et Jules Quesnel y exerce la fonction de percepteur.

Au tournant du siècle, le port est prolongé en aval du chemin de fer du Canadien National. Il devient tributaire des grandes compagnies américaines implantées à Saint-Jean, telles la Singer, la Corticelli et la Standard Clay qui utilisent la voie d'eau pour l'importation de leurs matières premières.

Saint-Jean est plutôt un port d'importation que d'exportation; les importations consistent surtout en marchandises générales, bois, pêcheries, potasse, sable, fer, charbon; le Canada exporte aux États-Unis du sel et des fourrures, commerce qui sera remplacé par celui du bois de pulpe, du bois de sciage, du foin et des produits agricoles.

Le déclin du port de Saint-Jean est attribuable à la concurrence du St. Lawrence & Atlantic Railway qui relie Montréal à un port de mer, soit Portland au Maine, et à l'inadéquation du canal de Chambly dont la profondeur est de 6 pieds 5 pouces, alors que les canaux américains atteignent une profondeur de 12 pieds.

Au milieu du siècle dernier, le port devient aussi un port de plaisance, le point de départ et d'arrivée de croisières sur le Richelieu.