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Monseigneur
Antoine Labelle (1833-1891)
Surnommé
l’apôtre de la colonisation et le roi du nord.Né dans Sainte-Rose, sur
l’emplacement du 246 boulevard Sainte-Rose. Le très important boulevard
Labelle traversant Laval et d’autres municipalités de la rive nord honore
sa mémoire.
Source :
Le curé Labelle, sa vie, son œuvre [par]
abbé Elie J. Auclair, Montréal, Librairie Beauchemin, 1930, 271p.
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Index
des personnages importants |
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Le Curé Antoine Labelle
(1833-1891)
par
M. L’Abbé Elie-J. AUCLAIR
L’abbé Auclair avait publié un ouvrage substantiel intitulé Le Curé Labelle. Sa vie et son œuvre.
Ce qu’il était devant ses contemporains. Ce qu’il est devant la postérité. Montréal, Beauchemin,
1930, 271p.]
Le curé Antoine Labelle, plus tard Mgr Labelle, protonotaire apostolique, dont le premier ancêtre,
Guillaume Labelle, vint au Canada, de Normandie, vers 1670, naquit, à Sainte Rose de Laval, le
24 novembre 1833, d'une modeste famille d'artisans. Son père, Antoine Labelle, était le cordonnier
du village. Il n'eut qu'une soeur, morte en bas âge. Le curé du temps à Sainte Rose, M. Brunet, ne
tarda pas à distinguer le jeune Antoine, fils du cordonnier, parmi ses enfants du catéchisme. Il lui
donna ses premières leçons de latin. A 11 ans, Antoine entrait au collègeséminaire de Sainte
Thérèse. Il y fit son cours complet de 1844 à 1852, et aussi sa cléricature.
Ordonné prêtre à Sainte Rose, son village natal, le ler juin 1856, l'abbé Labelle fut vicaire à
Sault au Récollet et à Saint Jacques de Laprairie, puis curé à Saint Antoine Abbé de Huntingdon et
à Saint Bernard de Lacolle. En mai 1868, Mgr Bourget le nommait curé de Saint Jérôme de Terrebonne,
et il le fut pendant vingt trois ans, jusqu'à sa mort en janvier 1891. En même temps, il se donna,
avec un grand zèle et un succès remarquable, à l'oeuvre religieuse et nationale par excellence de
la colonisation, dans la région qui porte aujourd'hui son nom, celle des cantons alors en forêt du
nord de Montréal et de Saint Jérôrne. Il étendit même sa sphère d'action, comme colonisateur, à
toute la province et à tout le pays. Il devint sous ministre de l'Agriculture et de la
Colonisation à Québec, en mai 1888, dans l'administration d'Honoré Mercier. Le pape Léon XIII,
l'année suivante, en juillet 1889, à la demande de Mercier, le créait protonotaire apostolique.
Mais, sousministre et monseigneur, il n'en continua pas moins à être pour tout le monde, et
d'abord pour lui même, "le curé Labelle", nom qu'il a illustré et que l'histoire lui conserve
à bon droit. Car, s'il fut un apôtre du sol et un colonisateur quasi génial, il ne cessa jamais
d'être d'abord un vrai prêtre et un curé soucieux de bien remplir les fonctions de son saint
ministère. I1 mourut, à Québec, le 4 janvier 1891. C'est, sans conteste, l'un des Canadiens
français les plus éminents de sa génération.
Le curé Labelle était très grand, très gros et très fort. Au dire de tous, c'était un bel homme :
six pieds de taille, trois cent trentetrois livres de poids, bien fait et harmonieusement
proportionné, figure grasse et replète, aux traits pourtant réguliers et fins, bonne figure
ouverte et franche, beaux yeux grisbleus, nez délicat, bouche plutôt petite et un peu en retrait
à cause de la perte d'une partie de ses dents, vaste et large front, que couronnaient des cheveux
frisottants, qui grisonnèrent de bonne heure, mains petites et délicates, comme on en voit
rarement à un si gros homme. En dépit de sa taille et de sa lourdeur, il était leste et agile,
se tenait droit sur ses pieds, qu'il avait, comme les mains, petits mais solides, et il en
imposait vraiment par son aisance d'allures et sa bonne grâce, tout autant que par sa robustesse
et sa vigueur. Et puis, s'il était vif et courageux, alerte à la réplique et toujours prêt à
défendre ses vues, il paraissait pareillement, de toute évidence, très bon et très conciliant.
On avait vite l'impression que ce colosse en soutane était un bon géant les géants le sont
presque tous qui savait, certes, se servir de sa force au besoin, mais qui entendait également
en user à bon escient et avait le souci de n'en pas abuser. Il avait bon coeur, en effet, comme
il était intelligent. Très cultivé et remarquablement instruit, sous son apparence bonhomme et
familière, voire parfois un peu vulgaire, il n'était pas quelconque et il avait du cachet,
quelque chose, pourrait on dire, de ces prélats gentilshommes d'autrefois, restés terriens
dans l'âme jusque sous la mitre de l'évêque ou sous la crosse de l'abbé de monastère.
L'oeuvre du curé Labelle comme colonisateur ne s'est pas bornée à ses initiatives et à ses activités
dans la région du nord de Montréal. Il s'est occupé aussi de l'Ouest canadien, notamment lors de ses
voyages en Europe, en 1885 et en 1890, chargé qu'il était de missions officielles par le
gouvernement d'Ottawa ou par celui de Québec. Devenu sousministre à Québec en 1888, il eut à
diriger, et il le fit avec succès, tout le mouvement de colonisation dans la province. Bien plus,
pendant vingt ans au moins, de 1870 à 1890, il ne fut étranger à rien de ce qui s'entreprenais ou
se poursuivait pour l'extension et le progrès du pays canadien. C'est même lui qui eut, le premier,
l'idée de ce chemin de fer d'un océan à l'autre qu'on appelle aujourd'hui le Canadien Pacifique.
Sir John Abbott et sir Hugh Allan lui ont rendu, à ce propos, les témoignages les plus formels et
les plus précis.
Mais son oeuvre principale, celle qui lui fait une figure à part et l'immortalise, c'est sur les
bords de la "Nord", de la "Rouge" et de la "Lièvre", dans les cantons du nord de Montréal
aujourd'hui la région Labelle qu'elle s'est surtout accomplie. Tous les établissements qu'il a
fondés là n'ont pas été sans doute également réussis. On lui a reproché d'avoir été trop
enthousiaste et d'en avoir créé quelques uns où le sort du colon n'a pas toujours été enviable.
On a dit qu'il avait colonisé des terres de roches et qu'il s'était trop restreint à la vallée
de l'Outaouais. D'autres ont opiné autrement et l'ont loué sans réserve. Qu'en est il vraiment ?
Je pense qu'il ne faut pas être trop absolu dans la réponse à donner en l'un ou l'autre sens.
Mais, à mon avis, on peut soutenir, après plus de quarante ans écoulés, que le curé Labelle
voyait assez juste et que, en somme, il avait raison. Quelques uns de ceux qui l'ont blâmé, et
se sont plaints davantage, auraient pu s'en prendre d'abord à eux mêmes, à leur imprévoyance,
à leur manque de générosité dans l'effort ou à leur défaut de constance. Ce sont ceux qui
peinent et qui tiennent qui réussissent. Les colons qui ont connu le succès, en cette région,
sont assez nombreux pour qu'on soit en droit d'affirmer que la chose était possible.
D'ailleurs, pouvait il se faire que, dans une aussi vaste entreprise, il n'y eut pas, ici ou
là, quelques maldonnes ? Qu'on n'oublie pas, non plus, que; en peuplant son nord, le célèbre
curé ne visait pas uniquement à la culture des terres. I1 pensait également à l'élevage des
troupeaux, à l'industrie, au tourisme même, que la beauté et le pittoresque de la contrée
attireraient ou faciliteraient plus tard. Qu'on se le rappelle, son nord, il l'a répété
maintes fois, il en voulait faire la Suisse du Canada, ce qu'il est maintenant
indubitablement. Qu'on remarque enfin que ce nord, colonisé par lui, ce devait être,
selon ses prévisions, un chemin ouvert vers l'Ouest, vers Winnipeg, vers les Rocheuses
et vers le Pacifique. S'il eut vécu plus longtemps il est mort à 5 7 ans il y serait vraisemblablement parvenu. En tout cas, on peut
estimer que, telle qu'elle est, son oeuvre est considérable et constitue un succès auquel aucun
autre peutêtre n'a jamais atteint.
On a érigé, à Saint Jérôme, en octobre 1924, sur la place de l'église, au centre de la ville,
un monument à ce grand apôtre du sol que le bon sens populaire avait dénommé le roi du nord.
Six ans plus tard, en avril 1930, un volume a été publié, chez Beauchemin à Montréal, qui
raconte en quelque trois cents pages, avec des illustrations appropriées, la vie et les
oeuvres du grand colonisateur, et qui porte ce simple titre Le curé Labelle. Ce livre, dont
je suis l'auteur, et qui m'a coûté bien des veilles et des peines, je le crois fidèle, en dépit
de ses imperfections. La critique ne m'a pas épargné. C'était son droit. On m'a reproché d'avoir
trop nettement séparé le curé du colonisateur, en consacrant à l'un mes premiers chapitres et à
l'autre mes derniers, et de m'être ainsi exposé à des répétitions et à des redites. Peut être
la critique n'a t elle pas eu tort. Mais je l'avais bien voulu ? Je tenais à montrer distinctement
que mon héros était prêtre d'abord ce qu'on semblait oublier tout autant que colonisateur, homme
de ministère et de vie intérieure, tout autant que patriote et champion du sol.
Source : Abbé Elie-J. AUCLAIR, Figures canadiennes.
Première série, Montréal, éditions Albert Lévesque, 1933, 201p., pp. 90-96.
© 2003 Claude Bélanger, Marianopolis College