Chroniques d'histoire
par Guy Perron

 


La reconnaissance civile


L’indult du Souverain Pontife du 18 janvier 1850 et l’obtention du décret canonique, daté du 27 novembre 1850, n’empêchent pas le curé de Varennes de poursuivre sa lutte contre la reconnaissance civile de la paroisse de Sainte-Julie. Ne se comptant pas pour battu, il réussit à « organiser » une opposition contre le notaire Joseph-Narcisse-Azarie Archambault dans « l’affaire du Grand-Coteau ». Pour y parvenir, une requête court de rang en rang dans la paroisse de Varennes mais… le projet est abandonné.

Les tractations se font en catimini, raconte le notaire Archambault. « Chez le curé  [Primeau], on y va à la nuit, car il a honte de paraître au grand jour, peur de l’évêque – avec leur chef avoué, le gendre Cadieux, ils ont recours aux propriétaires de terres à bois  qui sont en grand nombre dans Varennes, Boucherville, Longueuil, Beloeil, Chambly,   Pointe-aux-Trembles et Repentigny […] pour combattre l’œuvre de la propagation de la foi  […] et c’est M. Primeau qui est au fond de cette affaire dégoûtante – ha ! c’est pénible ! ».

Défenseur acharné de la cause des habitants du Grand Coteau, le notaire Archambault doit faire reconnaître par les autorités civiles (gouvernement) le décret canonique du 27 novembre 1850 afin de lui donner toute la valeur légale possible. Introduite à partir de 1831, cette reconnaissance civile est nécessaire puisqu’elle officialise les frontières religieuses, c’est-à-dire les limites de la « paroisse Sainte-Julie », telles que définies par son décret canonique (purement ecclésiastique).

Grâce au concours inestimable de ce notaire, les Commissaires civils accueillent favorablement la demande de Sainte-Julie à son audience du 17 janvier 1851. C’est le 6 mai suivant que le gouvernement provincial va reconnaître civilement et juridiquement la municipalité de la paroisse de Sainte-Julie et délimiter le territoire julievillois. Cette reconnaissance civile, proclamée en vertu de l’Acte 8 Vict. Chap. 40, apporte aussi une représentation julievilloise de deux membres au sein de la Corporation municipale du comté de Verchères.

En attendant cette proclamation civile, le notaire Archambault écrit à Mgr Bourget et lui demande un curé pour les habitants du Grand-Coteau. Ces derniers, croit-il, sont si en colère qu’ils ne rempliront jamais leurs devoirs religieux avec le curé Primeau ! Irrités, ils sont persuadés que c’est lui qui est la cause première de toutes les difficultés qu’ils ont éprouvées pour obtenir leur paroisse. En mars 1851, une délégation se rend au Palais épiscopal afin de connaître la décision de l’évêque qui tarde à répondre à leur demande d’un curé. Messire Primeau continuera-t-il à desservir les habitants du Grand-Coteau même s’ils se sont mal conduits et se sont montrés impolis envers lui ?

À suivre...

Guy Perron, archiviste-historien

 

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