PANNEAU 2 Richelieu et Champlain

 

LE CANAL DE CHAMBLY

 

Autrefois, la rivière Richelieu était remontée par des cages, de grands radeaux de bois flottants, que les cageux dirigaient vers les États-Unis avant même l'existence du canal. Les cages sont alors bâties d'arbres équarris, de pleine longueur, placés sur deux rangs superposés, assemblés avec des branches de bouleau, solidifiés par des chevilles. Ces cages partent d'aussi loin que Bytown, aujourd'hui Ottawa, descendent l'Outaouais et le Saint-Laurent et sont tirées à rebours du courant sur le Richelieu. À Saint-Jean, les cages sont attachées les unes aux autres, en groupe de quatre ou cinq, formant un train de 300 pieds de longueur et remorquées jusqu'aux moulins de la Booth Lumber à Burlington. Ce bois ainsi transporté contribue pour beaucoup au commerce maritime du Saint-Jean d'autrefois.

 

Dès 1796, le représentant Ira Allan demande la construction d'un canal sur le Richelieu afin de relier Montréal à New York. En 1818 et 1823, deux actes du Parlement du Bas-Canada en autorisent la construction. Les travaux de creusage débutent officiellement le 1er octobre 1831 pour se terminer le 17 novembre 1843, alors que le canal Chambly est ouvert sur toute sa longueur.

 

Le canal Chambly

 

La vocation première du canal Chambly est essentiellement commerciale. Mesurant 18,5 kilomètres, il permet de contourner les trois rapides entre Chambly et Saint-Jean, facilitant la navigation fluviale entre Sorel et le lac Champlain; de là, un réseau de canaux américains dont le Champlain et l'Hudson, permet de rejoindre New York. Le canal de Chambly accuse une dénivellation de 23,5 mètres et compte neuf écluses, dont huit encore aujourd'hui, qui sont mues à bras d'hommes.

 

Après les cages, viennent les voiliers dont le gabarit varie de 50 à 150 tonneaux. Ces goélettes qui circulent également sur le Saint-Laurent transportent des légumes, des grains, des fruits, notamment des pommes, du sable, de la pierre et du foin. La culture et l'exportation du foin vers les grandes villes américaines font la richesse de Saint-Jean à cette époque. Le foin sert notamment à nourrir les chevaux qui tirent les tramways de Boston et de New York. L'électrification des transports urbains américains amènera le déclin du commerce du foin. Vers 1860, on évalue à 200 le nombre de ces voiliers qui sillonnent la rivière Richelieu et le canal de Chambly.

 

Enfin les barges, mieux adaptées à la navigation, viennent emprunter le canal Chambly d'une façon continue entre 1900 et 1930, la période la plus florissante du commerce sur le canal. Pour circuler, la barge doit être hâlée par des chevaux qui, péniblement, mettent une douzaine d'heures à franchir la distance entre Chambly et Saint-Jean. Au pied de la rue Saint-Paul, le 30 septembre 1978, l'écluse no 9 du canal de Chambly voit passer la dernière barge, soit le G.D.D. de la Flamingo Lines qui transporte du papier journal. Du coup, l'activité économique et commerciale sur le canal cède le pas aux loisirs : l'été, le canal sert aux embarcations de plaisance et l'hiver, aux patineurs.

 

Une des plus anciennes activités sur la rivière Richelieu demeure la pêche à l'anguille, pratiquée à Iberville depuis 150 ans, en amont de la maison provinciale des frères Maristes. Chaque année vers le mois de juin, et ce jusqu'en 1997, selon le niveau de l'eau, on assiste à la pose des trappes de bois qui selon une méthode séculaire servent à la capture de ce poisson fort apprécié déjà des Amérindiens qui l'apprêtaient en le boucanant. L'anguille pêchée dans le Richelieu est exportée à travers le monde. On compte dans les eaux de la rivière Richelieu 76 espèces de poissons.